Train d'enfer
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Train d'enfer

Film de Cy Endfield (1957)

Des Pneus et des Hommes : la lutte des classes à donf….

Bienvenue chez Ciné-Sophia ! Si vous pensiez que le sommet de la philosophie prolétarienne résidait dans un séminaire obscur à l’École Normale Supérieure, détrompez-vous. En 1957, le cinéaste américain blacklisté Cy Endfield pose les bases du néo-existentialisme sur des routes de campagne britanniques défoncées, au volant de camions benne chargés de gravier. Le pitch de Train d’enfer (Hell Drivers) tient sur une boîte d'allumettes : Tom (Stanley Baker, ténébreux à souhait), ex-taulard cherchant sa rédemption, se fait embaucher par Hawley, un patron cynique. La consigne ? Livrer un quota absurde de cargaisons par jour sous peine de renvoi immédiat. Bienvenue dans le bonheur de la libre concurrence.

Le Mythe de Sisyphe avec du cambouis

Albert Camus écrivait qu’il faut imaginer Sisyphe heureux en faisant rouler son rocher. Chez Cy Endfield, Sisyphe ne pousse plus son rocher à la main : il le met dans une benne de dix tonnes et appuie sur le champignon jusqu'à faire pisser l'huile du moteur. Ces héros du prolétariat roulent à 130 km/h (soit 80 mph pour nos voisins britanniques, preuve irréfutable que le système impérial est une invention purement machiavélique pour aliéner le travailleur). La roche est ici remplacée par du ballast, et la colline par une route de gravière où chaque virage menace d'expédier le chauffeur directement au Purgatoire.

Les chauffeurs ne conduisent pas pour aller quelque part — le tragique de la condition humaine veut qu'ils fassent des allers-retours perpétuels entre la carrière et le chantier. C’est l’absurde camusien à l'état pur, assaisonné au carburant diesel. La vitesse devient une tentative dérisoire d’échapper à la finitude.

Hobbes en suspension à la lame de ressort

Pour maintenir le rendement, le contremaître Red (Patrick McGoohan, celui de la série Le Prisonnier) fait régner la terreur. Ici, « l’homme est un loup pour l’homme », comme le théorisait Thomas Hobbes dans son Léviathan. Mais dans cette entreprise de transport, Hobbes aurait sûrement précisé : « l’homme est un loup pour l’homme, surtout quand il y a une prime de rendement à la clé ».

La compétition fait fureur entre les chauffeurs. Mention spéciale au tout jeune Sean Connery, qui joue les sous-sbires bagarreurs bien avant de troquer le gazole pour des dry martinis jamesbondiens. La camaraderie s’efface devant le darwinisme social le plus crasse : doubler son collègue dans un virage sans visibilité n'est pas un accident de parcours, c'est l'incarnation même du Contrat Social révisé par le grand capitalisme.

L’Aliénation selon Marx (mais avec des tôles froissées)

Karl Marx parlait de l’aliénation du travailleur dépossédé de son outil de production. Dans Train d’enfer, l'outil de production pèse plusieurs tonnes et manque de vous écraser à chaque freinage. Tom et ses camarades sont le pur produit du prolétariat taylorisé : ils ne sont plus des hommes, mais les prolongements mécaniques du carburateur.

Leur liberté ? Une illusion d'optique entretenue par le cadran du compteur de vitesse.

Même Baruch Spinoza y trouverait son compte : le libre arbitre de ces chauffeurs n’est que la méconnaissance des causes qui les déterminent (à savoir : payer le loyer ou finir à la rue). Quand Tom s’obstine à vouloir battre le record du redoutable Red, s'agit-il d'un acte d'émancipation ou de la soumission ultime aux désirs du maître ? Vous avez deux heures.

Train d'enfer est une série B haletante, nerveuse, d'une efficacité redoutable, qui transforme un vulgaire conflit de convention collective en une tragédie grecque sous haute tension.

Un film viril, certes, mais surtout un grand cours de philosophie appliquée à la tôle froissée.


Note :

Le trailer de Train d'enfer illustre parfaitement la nervosité et l'ambiance sous tension de ce film culte de Cy Endfield.








Cine-Sophia
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le 23 août 2026

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