Portrait d'une femme, veuve, bourreau le jour, prenant conscience de sa perdition (à l'opposé du personnage dans "Le diable n'existe pas" de Rasoulof, ne faisant pas cette révolution sur lui-même), de son enlisement au sein d'une société brutale, déshumanisante* (à ce titre, un sens certain de la distanciation par le cadre, avec des plans d'ensemble remarquables, l'un d'entre eux étant dialogué: garde d'enfant brutalement refusée à Li Jun sur la coursive de son logement) . A cette rédemption, à ce réveil au sensible impulsé par les voies du désir, répond un alter-ego organique masculin cherchant la transfiguration, l'évasion vers un monde aimable, après avoir tout perdu. S'établie entre les deux âmes perdues, attirées fatalement l'une vers l'autre, une relation étrange, d'apparence sado-maso, incarnant le fantasme de neutraliser le mal sociétal par l'absolution.
Traitement réaliste cohabitant avec une esthétique personnelle, une musique singulière assez réussie. Un univers très sombre, terriblement souffrant, duquel jaillit une belle lueur d'espoir, du moins d'un point de vue fantasmagorique.
7,5/10
(*) le fétichisme avec lequel les gants blancs morbides sont filmés, puis brulés après exécution, me fait inévitablement songer à la problématique des "Mains d'Orlac". Wu est comme intellectuellement manipulée dans ses basses oeuvres par une administration à l'organisation déshumanisée.