Comme autant de tableaux, la belle photographie d'A.Veloso nous plonge hors du temps et le voyage sera contemplatif. Ce sont tous ces moments de bonheur simple, le soleil de l'été, les montagnes enneigées de l'hiver, les moments d'absence comme force à affronter ce qu'il reste à venir, ou le rire d'une enfant qui introduit tout ce qui sera perdu et nous rappelle avec force à l'inéluctabilité de la vie.
On se revoit nous-mêmes en pleine forêt, regarder les cimes des arbres au milieu d'un ciel bleu, sous le bruissement des feuilles ou soudain pris dans une averse avec ce sentiment de petitesse qui peut nous saisir avec bonheur mais revient en mémoire, pour un rappel à la réalité, le jugement d'Hardwin, la course à la modernité et le saccage des forêts auxquelles on ne donne pas le temps de se renforcer et cette violence croisée à celle faite aux hommes par le racisme, le dur labeur pour les saisonniers, la course à la modernité d'une époque qui ne prenait soin de personne.
Robert est seul depuis toujours, semblant errer de petits boulots en rencontres fugaces, isolé au milieu de tous pour un portrait du temps qui passe sans que rien vraiment ne se passe, un cheminement fait d'ellipses à nous raconter la brièveté de la vie. Les compagnons ont disparu, les chevaux et la charrette évaporés dans le temps et les chiens sortis dehors ne reviendront plus. L'homme face à lui-même, se perd dans ses fantasmes, comme seule sauvegarde à l'esprit pour un sentiment de profonde tristesse et en même temps de sagesse ultime à vivre le seul moment présent.
Malgré quelques appuis sur les métaphores et images rêvées récurrentes, on apprécie que le film reste sur son sujet, avec seul un léger interlude subtil des portraits féminins, de femmes fortes et émancipées pour nous rappeler que ces caractères ne sont pas sortis du chapeau depuis peu et de cette seconde rencontre qui en restera en l'état de simples échanges sans nous infliger la romance qui viendrait sauver notre homme. Le seul bémol par l'insistance -même si nécessaire-, d'un monde où tout est lié, avec dialogues sur les insectes et le malheur des arbres récités sur un ensemble fait pourtant de ressentis tout du long. Et puis pour confirmer le tout, J.Edgerton, glissant au milieu des autres et du temps, pour encore nous rappeler la condition de l'homme.
Nous vient rapidement à l'esprit Une vie cachée de T.Malick pour cette nature magnifiée, ces moments de silence qui font tellement de bien laissant les images faire leur œuvre pour révéler le drame qui accompagnera notre héros tout au long d'une vie ordinaire.