Train Dreams est de ces films qui avancent à pas feutrés, presque à contre-courant de toute attente narrative. Il débute avec un narrateur qui raconte la vie de Robert, un homme simple ayant traversé une longue existence. Il rencontre Gladys, travaille sur des chantiers de chemins de fer, disparaît souvent, et très vite le film laisse entendre que cette idylle ne connaîtra pas de fin heureuse.
Pas de suspense artificiel : la mélancolie est là d’emblée, diffuse, installée. Le choix du format carré est sans doute l’un des partis pris les plus déroutants du film. Il resserre les personnages, accentue l’intimité, la verticalité des corps, mais empêche aussi les paysages de respirer pleinement. C’est paradoxal pour un film où la nature est si présente. Ici, celle-ci est plus ressentie que contemplée. Ce cadre contraint finit par traduire l’enfermement intérieur de Robert, sa solitude, sa place dans un monde qui le dépasse.
Les dialogues sont rares, et le film progresse par silences, par ellipses, par fragments de vie. Robert croise des personnages hauts en couleur, non pour nourrir une intrigue, mais pour signifier une existence traversée, remplie de rencontres sans lendemains. Train Dreams observe davantage qu’il ne raconte. On attend constamment qu’un événement déclencheur “lance” enfin le film. Mais il n’arrive jamais. Et c’est sans doute là qu’il divise autant : ce qu’il propose n’est pas une histoire, mais la chronique d’une vie. Celle d’un homme ordinaire, porteur d’un rêve modeste, d’un espoir fragile, puis lentement brisé. Ce refus dramaturgique est à la fois la force et la limite du film. Admirable dans son humilité, touchant dans sa façon de capter la solitude et l’écoulement du temps. Une œuvre contemplative, mélancolique, presque silencieuse, belle, mais frustrante parfois… comme la vie qu’elle observe.