Malaimé dans la filmographie du Maestro, on oublie souvent qu'Argento, ce n'est pas seulement les couleurs et géométries poussées à l'extrême, mais aussi (voire peut-être avant tout) un conteur, dans toutes les acceptions du terme.
Et Trauma, certes loin d'être le meilleur (mais aussi loin d'être le moins bon), est un conte, narré comme tel, où les scènes s'emboitent, ou se transforment par glissement oniriques (à la façon d'un Opera, à qui on avait pu reprocher déjà ses enchaînements "artificels" là où la narration empruntait déjà une forme onirique, cauchemardesque), hanté par les obsessions du réalisateur.
Au delà du gimmick ma foi plutôt réussi (et un peu amusant aussi) du choix de l'arme du tueur, on y retrouve les obsessions occultes d'Argento, sa maîtrise du double-fond narratif et visuel, sa candide maladresse dans sa façon de traiter les sujets qui le taraudent (on avait déjà vu sa branlante façon d'aborder l'homosexualité dans les 70's par exemple, plein de bonnes intentions mais à l'évidence peu à l'aise quand il s'agit de sortir de l'onirisme pour aborder frontalement les éléments de la vraie vie).
Mais il excelle, même dans ce Trauma bien nommé, au jeu de miroirs, de faux semblants, d'auto-références réappropriées avec une certaine audace, le voile d'Isis littéralement déchiré.
Certes, pour pour qui a encore les yeux éblouis par les couleurs de Suspiria ou de Profondo Rosso, ce Trauma paraîtra fade. Et les traces du déclin sont visibles, parfois risibles.
Mais embrasser Trauma sans y rechercher les fantômes d'un passé qui, on le sait, ne reviendra plus, permet d'y trouver plus qu'il n'y paraît de prime abord, du rôle de la caméra à l'enchaînement des scènes, Trauma a plus à offrir qu'un "mauvais Argento", et offre une jonction plus qu'acceptable entre Opera et l'audacieux et décrié Syndrôme de Stendhal.
Mais il faut parfois tuer son idole pour entendre son message.
Et savoir pardonner les maladresses, peut-être, aussi, un peu...
Car il faut l'admettre, on peut voir dans Trauma sans se forcer beaucoup un Argento qui peine, et qui tente de refaire du Argento Old School sans y arriver.
Néanmoins (bite en plus), le réduire à ça ne peut que conduire à... bah à ce qui s'est passé massivement : un malentendu entre l'auteur aspirant à autre chose et un public qui lui reproche de faire la même chose en moins bien!
Heureusement, Le Syndrôme de Stendhal viendra éclaircir les points d'ombre de Trauma, développer ses amorces, avant que le Fantôme de l'Opéra ne vienne pisser dessus à gros jets...mais c'est une autre histoire (et un véritable échec, pour le coup)