Est-il nécessaire de regarder Travelling, le premier court-métrage de Kleber Mendonça Filho tourné en 1991 ? Assurément non, sauf si l’on éprouve, comme moi, le désir de revenir aux sources de son cinéma. On peut alors prendre les neuf minutes que dure le film pour suivre ce travelling – au double sens, bien sûr, de déplacement de la caméra et du voyageur.
Le film tient de l’esquisse expérimentale, tournée en VHS, assemblant des travellings urbains filmés à New York et quelques villes brésiliennes (Recife et Rio de Janeiro ?), au son de radios locales, sans identification explicite des lieux, même s'ils peuvent être reconnaissables.
D'une ville à l'autre, les bâtiments ne sont pas les mêmes, ni les voitures, ni les vêtements, ni les déhanchements des corps… Et pourtant, c’est la même attention portée aux mouvements du quotidien, aux corps dans l’espace urbain, aux circulations des choses et des gens. Rien n’est encore formulé comme un programme, mais déjà se dessine une intuition qui ne quittera plus le cinéaste : filmer la ville comme un espace vécu plutôt que comme un décor, et faire du déplacement lui-même une forme minimale de narration.