Clémence,sémillante avocate célibataire et contente de l'être,prétend être mariée afin d'éloigner un amant trop collant et de ne pas choquer son propriétaire très vieille France.Contrainte de montrer ce mari imaginaire,elle jette son dévolu sur Farid,un modeste accordeur de pianos élevant seul ses deux filles ados dans une banlieue pourrie.Entre quiproquos et apprivoisement mutuel,cette fausse famille va peu à peu prendre corps.Il serait bon de s'arrêter un moment sur la personnalité atypique de Jean-François Davy,réalisateur,coscénariste,coproducteur et acteur du film.Le gars est une sorte de soixante-huitard qui a débuté sa carrière en shootant des drames dans les années 60 avant de prendre avec un certain succès le virage de l'érotisme soft dans les seventies,avec en point d'orgue son célèbre "Exhibition" de 75,documentaire rock'n roll sur la star du porno Claudine Beccarie.Parallèlement il flirtera beaucoup avec les milieux du hard en tant que producteur et parfois même réalisateur.La décennie 80 verra sa chute et sa reconversion dans l'édition vidéo florissante à l'époque,sa société Fil à Film commercialisant surtout du porno.Sa traversée du désert durera de 1984 à 2005,année où il finalisera un vieux projet autobiographique avec "Les aiguilles rouges",aventures montagnardes d'une bande de scouts.Mais le film ne marchera guère et le suivant,"Tricheuse",passera totalement inaperçu en dépit d'une présentation au Festival du film romantique de Cabourg.Les années 2010 signeront son retour dans le film de boules,avant un dernier sursaut en 2017 via la comédie "Vive la crise",encore un échec qui sera son oeuvre ultime.Pour finir,il est décédé en mai dernier la veille de son 80ème anniversaire.Une carrière en dents de scie donc,jalonnée de rares réussites,de nombreux fours,de plusieurs changements de direction,d'une incapacité à se défaire de son image d'érotocrate et de quelques faillites financières."Tricheuse" est une comédie romantique faisant partie de ses tentatives peu concluantes d'intégrer le cinéma "normal".Il en a rédigé le script avec l'inconnue Karine de Demo et le plus notoire Michel Delgado,scénariste dont la filmo,très axée sur la comédie,ressemble à un mur de chiottes.Le début du film fait très peur,avec une mise en scène plate et maladroite,une histoire improbable et des dialogues peu inspirés.Mais,sans que ce soit génial,ça va peu à peu s'arranger et trouver son rythme de croisière grâce à de jolis moments d'émotion et des comédiens solides.Un réalisateur moins empoté que Davy eût sans doute tiré mieux de ce récit,mais ça se laisse gentiment voir quand même.Les péripéties sont basiques mais cohérentes,avec des rebondissements qui finissent par retomber sur leurs pieds et un humour léger qui tient à peu près la route.C'est principalement l'arrivée des deux gamines qui fait décoller le film.Contrairement à ce qu'on observe d'habitude dans ce genre de situation,on n'a pas affaire à des punaises insupportables.Elles sont turbulentes certes,mais plutôt bien élevées et carrément craquantes dans leur recherche d'un amour maternel qu'elles transfèrent sur Clémence,pendant que les deux adultes s'ingénient à ne pas voir les sentiments qui naissent entre eux.Un film très prévisible donc,et sans grande consistance,mais qui peut agréablement occuper une soirée si l'on n'est pas trop exigeant.La distribution,faute de moyens,met en vedette des acteurs de second plan,mais des très bons.La bellissima Hélène de Fougerolles est la séduction incarnée en avocate éprise de liberté,c'est une actrice qui n'a pas eu la carrière qu'elle méritait,se contentant généralement de rôles télévisuels,comme dans l'excellente série "Balthazar".Face à elle on a Zinedine Soualem,éternel second couteau de l'écran et comédien fétiche de Klapisch,dont l'humanité et la sensibilité portent le personnage.Valérie Kaprisky était encore bien jolie et se révèle très piquante en collègue hypocrite de l'héroïne,prête à tout pour lui souffler les contrats.Michel Duchaussoy est impec en vieux proprio moins borné qu'on ne le croit,et Mylène Demongeot est efficace en mère indigne mais repentante.Patrick Bouchitey,avec son air largué,arrache ses scènes en politicien complètement ripou,et Jean-Marie Lamour,dont on a cru qu'il aurait un avenir dans le métier après qu'il ait incarné le Christ en 91 dans le spectacle de Robert Hossein "Jésus était son nom",est mauvais comme un cochon en prétendant entêté.Sinon il y a des caméos marrants de Philippe Caroit en journaliste queutard,et de Bernadette Lafont et Rufus,que Davy avait déjà réunis en 78 dans "Chaussette surprise".Les petites,naturelles et dynamiques,sont jouées par Mélanie Tran,la fille de Jean-Claude Tran qui apparait aussi dans le film,et Malika Alaoui,qui a eu un rôle récurrent dans "Plus belle la vie".Davy s'est réservé un emploi de commissaire de police,qu'il tient parfaitement.Curieusement Bernard Haller et Henri Guybet ont eu une scène chacun mais ont été coupés au montage.Note et critique de film de Jean-François Davy publiées précédemment:"Exhibition"-8.Moyenne:6,5.