Christopher Nolan vient de sortir une Bande-Annonce, 'L'Odyssée' d'après le récit d'Homère, l'occasion de remettre en lumière 'Troie' de Wolfgang Petersen. J'étais resté sur une très bonne impression générale, l'ambiance, les costumes, les acteurs, le tout dans un style très académique mais renforcé par des chorégraphies dynamiques et modernes, à l'instar de 'Gladiator' ou encore 'Alexandre' d'Oliver Stone. Oui, les années 2000 marquent le retour du Péplum ! Mais cet élan était teinté d'amertume, car Wolfgang aborde cette mythologie sans traiter les Dieux et l'aspect surnaturel de la mythologie. Ce que feront '300', 'Le Choc des Titans' ou la 'La Colère des Titans' quelques années plus tard avec plus ou moins de délicatesse....
"BOOAAAGRIUUSSS!!!!"
Achille, est un des premiers "super-héros" au sens antique du terme, quasi invincible et avec un point faible, son fameux talon, seule partie de son corps qui n'a pas été baignée dans le Styx. Petersen en fait un champion, Brad Pitt l'incarne élégamment et avec insolence, mais je reste sur ma faim. Achille n’est plus un demi‑dieu, mais un guerrier d’exception, les présages, les oracles, les interventions divines sont réduits à des superstitions humaines. Le film fonctionne comme un drame humain, très bien traité par ailleurs, le combat d'Achille contre Hector pour venger Patrocle est d'un tragique sans précédent, où l'on ressent la violence jusque dans les vibrations du métal.
J'imagine que Nolan avait une idée derrière la tête avec son Odyssée, comme moi, il voulait une suite à ce Troie, 20 ans plus tard, et nous raconter l'épisode sombre, mystérieux, moins épique mais plus surnaturel du voyage d'Ulysse. Ce sera sans Sean Bean cette fois, qui n'aura pas eu le temps de briller (il reste en vie, c'est déjà pas mal !).
Troie est un péplum réaliste amputé de sa dimension mythique, Wolfgang Petersen avait fait un choix radical : désenchanter l’Iliade. Pas de dieux, pas de miracles. Tout est ramené à l’échelle humaine, presque historique. Ce choix donne un film cohérent, élégant, mais il prive l’histoire de ce qui en fait la singularité : la présence constante du divin dans la vie des héros. Quelques indices nous rappellent que les Dieux œuvrent en coulisses, mais cela reste succinct.
L’Odyssée appelle exactement l’inverse et j'attends Nolan sur ce point ! L’Odyssée n’est pas un récit de guerre, c’est un récit d’épreuves, de symboles, de rencontres surnaturelles. C’est un voyage intérieur autant qu’un périple. Impossible de raconter l’Odyssée sans les dieux (Athéna, Poséidon, Hermès…), les monstres (Le Cyclope, les Sirènes…), les enchantements (Circé, Calypso…), les mondes liminaires (les Enfers, les îles hors du temps…) et la Malédiction de ZEUUUSSS. Ce bon vieux 'Ulysse 31' a la vie dure.
Si Petersen avait pu s’en sortir sans mythologie, Nolan, lui, ne peut pas, et je l'attends donc de pied ferme ! Cela dit, son Troie est une excellente mise en bouche...