Sorti quelques années avant "Troie", le "Gladiator" de Ridley Scott a relancé l'intérêt d'Hollywood et du public pour le péplum. Fresque somptueuse sur l'empire romain, l'oeuvre de Scott ne pouvait faire que des émules prêts à surfer sur le succès du film historique en jupettes de bronze. C'est ainsi que naît "Troie", ambitieuse adaptation de l'Iliade d'Homère, poème grec datant de plus de 2500 ans et flattant l'esprit guerrier à travers d'illustres personnages passés à la postérité comme Achille, Hector ou encore Ulysse. Pour mettre en scène cette guerre de 10 ans (dans l'oeuvre d'Homère du moins), Hollywood ne prend pas de risque et se tourne vers un auteur devenu yes man spécialisé dans le film cata des années 90, Wolfgang Petersen (réalisateur des très moyens voir pas biens du tout "Alerte!", "Air Force One" ou encore "En pleine tempête"). En découle un résultat en demi-teinte, lorgnant à la fois du côté du film de Ridley Scott dans ses tentatives d'atteindre une intensité dramatique millénaire mais aussi de la récente trilogie du Seigneur des Anneaux dans ses orgies de bataille saucées aux VFX de masse.

La première chose qui interroge quand on adapte une oeuvre de cette ampleur c'est à quel point le besoin d'être fidèle ou non au matériau d'origine est nécessaire. Le poème datant d'il y a plusieurs millénaires, on peut même se demander à quel point la réactualisation du mythe est-elle nécessaire? Là-dessus, Petersen ne donne aucun avis. D'emblée, le film interroge sur la place que prend l'homme dans l'histoire et la caméra restera, tout au long des 2h40 de récit, une simple spectatrice des hauts faits de personnages mythiques issus d'un âge du bronze imaginé. Flattant l'esprit guerrier jusqu'à plus soif, "Troie" ne propose aucune réflexion sur l'oeuvre originale là où, 20 ans plus tard, Christopher Nolan réussira l'exploit d'actualiser "L'Odyssée" dans le chef d'oeuvre qu'il réalisera avec Matt Damon dans le rôle principal. De même, si les choix de tuer des personnages importants au milieu du film et d'inclure des passages de "L'Odyssée" dans le film (car oui, le cheval de Troie n'apparaît pas dans l'Iliade) peut se comprendre dans un pur souci de narration, comment expliquer le fait de réduire 10 ans de guerre à une quinzaine de jours? Comment rendre mythique une guerre qui aura marqué les corps et les esprits en la réduisant à 3 jours de bataille et 10 jours de trêve? Ce choix reste incompréhensible et totalement malvenu.

Si l'Iliade vit à travers ses héros, on peut aussi se questionner sur la direction d'acteurs dans le film de 2004. Hormis Peter O'Toole impeccable en Priam, le roi de Troie ,et Brad Pitt qui irradie de sa présence le film dans le rôle du célèbre Achille, les autres acteurs peinent grandement à donner de l'intensité à leur rôle. N'existant que dans les moments de batailles ou de duels grâce à leurs corps musculeux et huilés, des personnages comme Hector (transparent Eric Bana) ou Ménélas (ridicule alors que Brendan Gleeson est un excellent acteur) sont traités avec une légèreté qui ferait sortir Homère de sa tombe. Les moments d'intimité sont longs et paresseux et n'existent que grâce à la très jolie musique de James Horner. Petersen filme des corps vidés de leur substance et ne parvient jamais à rendre justice à l'intensité dramatique des écrits du poète grec.

Alors, que retenir de positif de cette oeuvre? Ces effets spéciaux tout d'abord qui ne dénotent jamais à l'écran et réussissent à retranscrire cette impression de démesure dans une guerre opposant des dizaines de milliers de soldats. Certains moments de grâce aussi, souvent situés dans les séquences d'action comme ce duel terrible entre Achille et Hector ou l'entrée dramatique des soldats grecs dans Troie (on pense fortement à l'invasion de Minas Tirith dans "Le Retour du Roi") sous le regard effaré du roi Priam.

Bien emballé mais incapable de retranscrire la profondeur du récit homérique, "Troie" reste une adaptation passable et oubliable de l'Iliade. Espérons qu'un réalisateur de la trempe de Christopher Nolan s'attaquera à une relecture du mythe comme l'a fait le metteur en scène de 'Inception" dans son incroyable adaptation du récit initiatique d'Ulysse où la mélancolie prime sur le grand spectacle hollywoodien.

Cyprien_P-L
5
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le 28 juil. 2026

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