VU SUR LA PLATEFORME DE ARTE
Pierre travaille dans une usine de fabrication de bouteilles. Il vient d’intégrer une nouvelle équipe. Parmi ses collègues, Fred, le colosse du groupe, s’acharne bientôt sur lui : d’abord quelques moqueries, puis des railleries plus dures, jusqu’au véritable harcèlement — sans raison apparente, sinon le besoin du plus fort d’écraser le plus fragile.
Le cinéma de Philippe Le Guay n’est pas, d’ordinaire, ma tasse de thé. Pourtant, Trois huit est un film fascinant, tendu de bout en bout. Il raconte la lente descente d’un homme sous la pression d’un autre, la violence sourde du quotidien, l’oppression morale exercée au nom d’une hiérarchie invisible. Mais rien n’est jamais si simple : entre Pierre et Fred se noue une étrange attirance, une ambiguïté troublante, presque magnétique.
Trois huit est un thriller social d’une rare intensité — âpre, cruel, parfois dérangeant. Le film repose sur deux comédiens injustement méconnus. Gérald Laroche, dans le rôle de la victime, livre une interprétation d’une humanité bouleversante : son personnage vacille, mais ne cède jamais tout à fait. Face à lui, Marc Barbé campe un bourreau d’une opacité fascinante, dont les motivations nous échappent, comme si la violence était pour lui une manière d’exister. Deux acteurs admirables, deux présences inoubliables.
On se dit que Trois huit était peut-être en avance sur son temps. Aujourd’hui, alors que la question du harcèlement moral est au cœur des débats, le film résonne avec une force nouvelle. Un grand film, âpre et nécessaire.