Voici un film qui est massivement présent dans l’imaginaire collectif et une référence culturelle incontournable. Et pourtant, je n’avais jamais pris le temps de le voir. C’est chose faite et je me demande maintenant ce qui me retenait jusqu’à présent. Le récit raconte comment un programme informatique devient monopolistique et comment des pirates vont lutter pour s’y introduire pour le casser et libérer la création. L’histoire se passe à la fois dans le monde réel et dans un monde virtuel dans lequel les codes sont personnifiés. Ainsi, nous avons deux espaces temps différents puisque la durée du virtuel qui occupe la majeure partie du film prend dans la vraies vie quelques secondes. La première des réussites est là : parvenir à inventer le monde virtuel et à le représenter visuellement. A l’image justement, c’est le choc. Tout est nouveau même quand on croit avoir tout vu en 2021. C’est à la fois fin et grossier. L’intégration des visages dans les images numériques est bluffante et le design graphique prend merveilleusement bien en compte les contraintes techniques d’un tel projet à un tel moment. La partition musicale, très inspirée du travail de John Williams est très efficace même si perso, j’aurais bien vu une OST par Tangerine Dream ou Goblin. L’intrigue est menée tambour battant et on n’a pas le temps de regarder la montre. Pour ce qui est du fond, il est fascinant de voir à quel point les questions que posent le film sont pertinentes et elles le sont probablement plus encore aujourd’hui. Cette réflexion sur un OS omnipotent (qu’on appellera Windows ou OSX) et fermé pose toute la base de la démarche du logiciel libre. Ce monde virtuel autoritaire, dictatorial, concentrationnaire, esclavagiste est une traduction des enjeux de la propriété des programmes informatiques et la volonté parfois hégémonique des grandes firmes qui les possèdent. Au dessus de tout ça, il doit y avoir l’utilisateur, une entité niée dans ce monde virtuel car trop humaine. En bref, une réussite sur toute la ligne et un film à la fois légèrement vintage et diablement actuel.