Ce n’était clairement pas une suite que j’attendais. Je n’ai jamais vu le film original (un jour sans doute), et n'ai aucun souvenir de la suite signée Kosinski sinon qu’elle avait de jolies images. Ma connaissance la plus poussée de l’univers de Tron vient sans doute des incursions de Kingdom Hearts dans le Grid, et du Moïse de South Park : c’est dire si j’en suis éloigné.
Et puis il y a Joachim Rønning, un gars surtout connu pour Bandidas, Pirates des Caraïbes 5 et Maleficent 2. Un pedigree qui file des frissons. Ajoutez un Jared Leto que je ne déteste pas à l’écran (il a par contre l’air abject à la ville), mais qui d’un film à l’autre varie entre la performance remarquable (Dallas Buyers Club) et des envies de l’encastrer dans un mur (House of Gucci), et vous avez tous les doutes du monde…
Pourtant, Ares se regarde plutôt bien. Comme son prédécesseur, il bénéficie de designs et d’une imagerie marqués qui lui permettent de tirer son épingle du jeu. Comme son prédécesseur également, cette esthétique est appuyée par une bande-son pulsante, Nine Inch Nails prenant ici la relève de Daft Punk. C’est joli, c’est dynamique, ça reprend des idées de la franchise qui font toujours mouche, comme ces rubans de GRS solidifiés, bref, c’est pas mal sur la forme.
Au niveau de ce que ça raconte par contre, c’est le néant. On balance de l’IA sans vraiment prendre position ni apporter de réflexion sur les tenants et aboutissants de cette technologie, alors que c’est un des sujets brûlants de ces dernières années. On ne demande pas de questionnements métaphysiques façon Turing test alla Ex Machina, mais au moins que l’on aborde le sujet en cohérence avec les avancées modernes. Les deux films précédents pouvaient se permettre de traiter le sujet avec une légèreté fantaisiste, les perspectives de l’intelligence artificielle étant alors encore lointaines et floues. Mais ne rien faire d’un tel sujet alors que nous sommes envahis de toutes parts, ça relève de l’autruche.
Pareil pour l’idée du timer de 29 minutes qui est plutôt bonne, puisque permettant d’apporter une rythmique métronomique aux séquences d’action. Mais la torsion du temps diégétique par rapport aux distances et au chronomètre réel du spectateur révèle un usage très approximatif de la règle qui vient briser la cohérence du dispositif.
Et enfin, je n’ai pu m’empêcher de lâcher un énorme soupir devant cet inévitable moment de nostalgia porn des 80s. J’en ai marre, mais marre ! On s’en contrefout de revoir Jeff Bridges cinq minutes dans un décor rétro juste pour marquer le coup du legacyquel ! L’insistance sur Depeche Mode était déjà bien assez ! Alors oui, Ares n’a pas lancé cette tendance qui phagocyte la pop-culture depuis plus de quinze ans, et il ne sera sans doute pas le dernier. Mais dorénavant, à chaque fois que ce sera aussi gratuit qu’ici, ça sera sanction immédiate sur la note.
Bon, au moins Jared Leto ne fait pas de vagues…