J’ai toujours un faible pour ces œuvres qui s'autorisent sans le cacher un commentaire comparé et je trouve que l'exercice est réussie de façon tout à fait admirable par Sàt bpràlàat (lit. « Monstre », Tropical Malady étant le nom de la première séquence uniquement). La première partie est la plus située et explicite. Il y a un érotisme clair et des affects bien dessinés. On navigue sans cesse de ville à campagne, c'est une affaire d'errance, vis à vis de soi-même et d’autrui.
La deuxième partie du film laisse s’échapper une torpeur presque pénible. C'est une longue et languissante descente vers l’autre, une terreur viscérale des corps qui se transforment.
Chacune de ces parties réveille quelque chose en l’autre. Le mythologique intemporel éclaire le situé ; et probablement vice-versa.
Il y a quelque chose de très fort dans cette manière de rendre compte du désir queer. On légitime cet amour en en faisant un mythe, un contre-récit à la légendaire complémentarité de l’homme et la femme. Il est question de deux corps dont le devenir est une identicalité. Un besoin profond d’être l’autre, de le confronter puis s’y confondre.
La première partie éprouve à merveille – et à rebours – cette dynamique. L’homosexualité contemporaine thaïlandaise n'échappe pas à ce désir-devenir supposément universel : la puissance symbolique du combattant donne envie. Le désir de s'approprier l’uniforme s'amalgame au désir de s’approprier le corps qui le porte.