J’étais clairement passé à côté de True Romance depuis beaucoup trop longtemps. Et c’est presque vexant. Ce qui m’a remis sur les rails ? Ma lecture du comics Preacher et les nombreuses lettres des lecteurs qui citaient le film en boucle, surtout pour ce jeu de miroirs avec John Wayne et Elvis. Ennis a beau jurer qu’il a piqué l’idée à Woody Allen (Tombe les filles et tais-toi), faut pas sortir de Saint-Cyr pour voir les autres connexions.
Bref, curiosité piquée, lecture du CV, et hop : départ immédiat pour un road-trip déglingué et amoureux en compagnie de Clarence et Alabama. Une comédie romantique écrite par Tony Montana qui aurait passé la soirée allumé devant Bonnie & Clyde.
Dès la première minute, ça suinte le cinéma qui déborde du pain et d’amour pour lui-même. Le casting est complètement zinzin, les gueules défilent comme dans un freak show de luxe, et les répliquent claquent comme le lasso d’Indiana. Tarantino est partout, dans chaque coin de dialogue, chaque digression inutile (donc essentielle).
Au début, je me disais que j’allais me taper un fantasme régressif de la taille d’un écran de ciné pour ado, un truc de poseur mal dans sa peau. Grossière erreur ! On F5. Le film t’attrape par le colbac pour t’embarquer avec son rythme et surtout son amour délirant pour les seconds couteaux : y’en a tout un tiroir et chacun est plus tranchant que l'autre.
Dommage que Walken ne fasse qu’un passage éclair - mais quel passage. Cette scène est ce que beaucoup aujourd’hui nommerait usuellement une masterclass, un triple banger ! Une joute verbale entre 2 gladiateurs, probablement l’un des innombrable sommets de l’écriture tarantinienne. Alors si vous n'avez jamais su d’où provenait les origines siciliennes, demandez donc à votre prof d’histoire et comparez les résultats.
Et que dire de Patricia Arquette en fausse Monroe qui irradie de sa naïveté irrésistible chaque plan où elle n’existe pourtant qu’en papier peint ? Heureusement que tu t’es rattrapé avec Jackie Brown et Kill Bill, mon con ! Puis y’a aussi la trogne de Gary, un malade mental en roue libre qui se la joue dreadlocks cramés un an avant de défoncer l’écran dans le tonitruant et problématique Léon de tonton Besson. You’re so cool, mon cul !
Tony Scott est malin, il s’efface pour laisser transpirer les mots. Par contre, quand vient l’heure de La Horde Sauvage version hôtel 5 étoiles, il remet illico ses pattes sur le moniteur pour nous concocter une scène dans la veine d’un John Woo avec profusion de ralentis et tango de balles qui ricochent dans tous les sens. Peinture de tripailles pour un carnage sur fond rouge et pluie de plumes d’anthologie.
Autre scène cultissime : celle de l’ascenseur. Vous voyez de laquelle je parle, nan ? Celle où Clarence se la joue fêler du bulbe pour faire pisser dans son froc une p’tite merde branchée 2 étages plus haut à une chambre remplie de flicailles qui écoutent ça tordues de rire. Fallait y penser, bordel.
Un conte de fée pour badass. Naïf et romantique jusqu’à l’os. Un film d’incurable amoureux du 7e Art, de la castagne et des cœurs trop grands. Et cette Happy End ? La leur, la nôtre : 2 losers magnifiques qui s'impriment sous un coucher de soleil hollywoodien aussi factice qu’une tapisserie de plateau. Un burger trop chargé, ouais, mais quand t’as la fringale, tu te régales. Pas bon pour mon cholestérol ça...