"Même s'il est difficile d'être humain, essayons de ne pas devenir des monstres."

En adaptant la légende (fictive ou non) de la "porte tournante", Hong Sang Soo joue une fois de plus sur la frontière friable entre le réel et la fiction et construit un subtil film en miroir.
La recette est la même chez le Rohmer coréen ; longs débats sur l'amour et effusion de sentiments, repas copieux et nuits alcoolisées, très alcoolisées, suivies de lendemain de gueule de bois hors du temps, de matinées au lit, de maux de crânes, de déambulations dans des rues inconnues. Hong Sang Soo est le meilleur pour filmer ces journées vides, hors-sol, où l'on se laisse aller à ce que l'habitude ne nous fait pas faire et aux choix risqués, aux actions et déclarations qu'on regrette ou qu'on assume.
Il peuple donc son film de délicieux moments de riens ; d'une scène de danses (de la danse traditionnelle à la salsa), à la croisée d'une femme fantasmée au bord d'un lac, de fruits que l'on fait tomber d'un arbre à un verre que l'on brise. Des instants qui ne sont pourtant jamais gratuits, toujours indices subtils d'une histoire aux fausses apparences simplistes.
Réflexion sur l'amour en général, Turning Gate est un film écrit comme un mythe, aux chapitres aux titres programmatiques, qui évoque, dans un minimalisme de personnages et d'intrigues, la tentation de l'épicurisme et la cohabitation difficile entre désirs et réalité.
Deux parties de près d'une heure chacune, que le réalisateur veut rythmiquement similaires, avec leurs scènes arrivant au même moment (la rencontre, la nuit de sexe - filmées très sensuellement -, la déambulation), et qui s'avèrent être chacune le miroir de l'autre ; comme si l'une était pour les personnages le retour de bâton des choix faits dans l'autre.


Hong Sang Soo avec l'immense intelligence qui est la sienne fait la malicieuse confusion entre le passé et le présent, entre les fantasmes et la réalité, et trouble discrètement le réel, prouvant (et ses très nombreux films suivants l'affirmeront à chaque fois) qu'il est le meilleur pour créer le fantastique du quotidien et nous promener au royaume des souvenirs.

Charles_Dubois
8
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le 11 déc. 2020

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Charles Dubois

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