« Twinless » fait partie de ces petits miracles que l’on ne voit pas venir. Ce petit film, le second de James Sweeney après le très verbomoteur « Straight up », est une véritable perle de cinéma, du genre de celles qu’on a envie de garder rien que pour nous tellement elle nous touche. Le premier petit quart d’heure avant le générique pose les bases d’une belle comédie dramatique baignée dans une bromance entre deux jeunes hommes ayant perdu leur jumeau. L’un est gay, l’autre non, mais une amitié sincère se profile. C’est délicat, c’est juste et c’est beau. Un sentiment de bien-être et de simplicité revigorante traverse les premiers moments de ce long-métrage et augurent du meilleur pour la suite. Puis, vient le générique et avec lui un changement complet de paradigme qui rebat totalement les cartes. On ne l’a pas vu venir et l’intrigue part vers quelque chose de différent où des thématiques plus sombres et tragiques apparaissent laissant le côté léger des débuts s’effacer.
C’est peut-être le seul défaut de « Twinless » d’ailleurs. On est un peu frustré de ce virage inattendu mais cela dure à peine quelques minutes. Puisque ce que nous propose Sweeney ensuite est tout aussi qualitatif. Le scénario est plein de surprises et il nous parle ici de deuil, d’identité et de culpabilité. C’est fluide et doté d’une écriture vraiment exceptionnelle où chaque situation est réaliste et nous parle. La mise en scène de Sweeney est très à propos et il ose même quelques digressions esthétiques de toute beauté (ce plan sur les miroirs en forme de poupées russes ou le split-screen du double dating). À noter également une scène de sexe gay de très bon goût, ni trop corsée pour les pudiques, ni trop pudique justement pour être assez réaliste. On n’avait pas vu cela depuis le magnifique « Red, White & Royal Blue », une romance gay inoubliable.
Et s’il ne faudrait retenir qu’une chose du film, c’est sans conteste l’interprétation de Dylan O’Brien, un acteur sous-estimé et sous-employé. Le jeune homme découvert dans la géniale saga « Le Labyrinthe » nous a prouvé son talent dans pas mal de petits films en marge, comme le thriller fantastique « Caddo Lake ». Ici, il est instantanément à consacrer. Rien que la scène dans la chambre d’hôtel où il se livre à son ami est sensationnelle et son jeu d’acteur explose. On défie quiconque de ne pas être ému. Le reste de la distribution est du même acabit comme le personnage féminin principal qui déjoue les pronostics et les premières impressions. Aisling Franciosi transforme son personnage de nunuche en quelque chose de surprenant. Sweeney est donc un excellent scénariste en même temps qu’un habile directeur d’acteurs. Les dialogues se boivent comme du petit lait et il parvient à transformer un sujet finalement sombre et dramatique en quelque chose de lumineux et merveilleux. Un véritable coup de cœur que ce « Twinless » qui utilise la gémellité de manière surprenante et belle : à ne pas louper!
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