Avec ce conte fantastique à l'esthétique gothique et romantique, qui lui a été inspiré à la suite d'un rêve et qui intervient à une période sombre de sa vie, il venait de perdre un de ses fils d'un accident de la circulation, Francis Ford Coppola clôture une trilogie cinématographique, qui se veut à la fois une autobiographie et un questionnement sur sa place comme réalisateur.
Lorsqu'il a débuté cette trilogie avec le film "L Homme sans âge", F. F. C. venait d'essuyer plusieurs échecs tant critiques que publics. Il s'était alors donné pour objectif d'écrire et réaliser trois films plus intimistes, plus personnels, mais aussi bénéficiant de budgets bien moins importants, afin de se recentrer sur ce qui selon lui fait l'âme de son travail : raconter des histoires.
Coppola n'a jamais fait mystère de son attrait pour le fantastique et pour l'esthétique gothique, dès son premier film "Démentia 13" on lit parfaitement cette accointance, elle sera magnifiée dans sa version absolument magistrale de "Dracula", deux oeuvres avec lesquelles Twixt dialogue indubitablement. Du romantisme inhérent à l'univers gothique l'on trouvera trace dans quasiment chacun de ses films.
Un écrivain un peu sur le déclin, ce qui nous renvoie à la situation de F. F. C. incarné de façon très juste et à propos par un Val Kilmer lui aussi au creux de la vague, arrive dans une petite ville qui sous une banalité ennuyeuse, révèle une aura de mystère inquiétant.
Inquiétude provoquée à la fois par un étrange beffroi orné de 7 cadrans donnant chacun une heure différente, à la fois par la découverte du corps d'une jeune fille au sein transpercé d'un pieu, à la fois par l'existence d'un drame que la bourgade souhaiterait oublier ou à la fois par la présence de l'autre côté d'un lac sombre bordant la ville d'un petit groupe de jeunes aux mœurs heurtant les traditions admises.
Poussé à la fois par la curiosité et par une nécessité de création et d'isolement suite à la perte de sa fille; là encore écho aux drame vécu par Coppola; il décide d'éclaircir certains mystères.
C'est à partir de ces éléments que Coppola, déroule une intrigue où le rêve et la réalité semblent se confondre; les plans oniriques sont traités de façon sublime avec un noir et blanc d'où se détachent des éléments vivement colorés; où l'esprit de Edgar Allan Poe guide notre protagoniste aussi bien dans la résolution de son enquête, que dans sa quête intérieure et les réponses à ses questions intimes.
Teinté de fantastique, entre sorcellerie, diable et vampirisme, mais cependant possédant un ancrage fort dans l'inconfort du réel, ainsi les meurtres qui hantent cette bourgade ont-ils bien eu lieu, "Twixt" vacille entre les deux dans un ballet éthéré, un cauchemar pas tant effrayant mais intime.
Dernier film à ce jour de cet immense monsieur du cinéma, j'espère vraiment que cette introspection à laquelle il faut ajouter "Tetro" lui aura donné et les réponses et l'envie de continuer à nous éblouir de son art.
Edit 2025 : Depuis la rédaction de cette critique, Megalopolis a été réalisé et montré.