Ulysse
6.5
Ulysse

Film de Laetitia Masson (2026)

La sensation des couleurs

Comme à chacun de ses films Laetitia Masson a cet art des peintres et des musiciens, cet art de "toucher les couleurs" dirait le psychanalyste François Gantheret dans son texte La nostalgie du présent!

Un Casting de haute volée : réfractaire à la norme

Et puis il y a cette manière d’aller chercher les meilleurs, les acteurs pas forcément les stars( même s’ils sont présents aussi) mais les lumineux, les doux les fragiles les vulnérables les farouches les irréductibles les francs Valérie Dréville Nathalie Boutefeu Gringe Romane Bohringer entre autres et bien sûr l’immense solaire et sensationnelle( au sens de la sensation qu’elle donne sur la peau) Élodie Bouchez. Et puis Stanislas Mehar antipathique et grave. Mélancolique et désespéré.

Oui tout le choix du casting ressemble à ce que le film dit: la résistance face à l’aliénation capitaliste dans laquelle la raison instrumentale nous jette et réduit les personnes à des objets de rendements. Soit tu es performant et tu peux être avalé par le système, soit tu es lent, faillible, hypersensible ou juste toi-même et tu es exclu de la norme prédatrice.

Ulysse raconte le parcours et l'endurance acharnée d'une mère( Laetitia Masson elle-même incarnée par Elodie Bouchez) pour que son fils Ulysse ( Alphonse Roberts) diagnostiqué avec un syndrôme génétique puisse être regardé simplement, tel un enfant puis un adulte comme les autres. C'est cela que cherche le film qu'Ulysse soit reconnu tel un individu à part entière, capacitaire, doué de ressources et donc capable de faire son rêve: devenir Chef cuisinier.

Considérer toutes choses du point de vue de la rédemption

Le cinéma de Masson prend à bras le corps le réel, le diagnostique et le gracie. Elle saisit avec acuité et pointe les failles d'un système dans des scènes avec les institutions où elle critique ces organismes censés prendre en charge des personnes douées de handicap là où souvent ils ne font que répéter une norme utilitariste de profit et de négation de la personne. Comme l'écrit le philosophe post-marxiste Adorno: puisque tout est faux et corruptible. La seule philosophie qui puisse être pratiquée en face du désespoir est la tentative de considérer toutes choses du point de vue de la rédemption. Le film de masson s'insurge à travers le personnage Antigonesque de Bouchez mais il n'est pas que dans l'insurrection. Il est tout aussi tout entier dans la vie de la douceur: il faut voir les scènes entre Gringe( excellent) qui joue l'orthophoniste et Elodie Bouchez. Elles disent que pour adoucir la vie, il y a à se jeter dans l'amour, son improbable peau, sa douceur divine.

Un feu d'émotions

Ulysse enfin est un film qui touche. Sans mélodrame ou pathos. Il touche par son feu d'émotions et de vérité. Le cœur et la délicatesse mises dans chaque scène mais aussi la critique acerbe d’un système pervers et simulacre créent ce que l'on attend au cinéma: le bouleversement, la modification et la vitalisation. Que notre regard change et que notre coeur s'enflamme de courage.

VioletteVillard1
9

Créée

le 7 juil. 2026

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