En s’inspirant de sa propre expérience, Laetitia Masson signe un film sincère sur la différence et la parentalité. Paradoxalement, son héro reste étonnamment prisonnier des normes qu’il entend combattre, limitant quelque peu la portée de son propos.

Alice (Élodie Bouchez) et Luc (Stanislas Mehrar) sont heureux : ils vont bientôt être parents. Mais après quelques mois, ils s’aperçoivent que leur fils Ulysse est atteint du syndrome de Noonan, une maladie génétique qui le place hors des normes et des cases habituelles. Cette parentalité hors du commun va alors devenir pour Alice et Luc, une source perpétuelle de bouleversements, de questionnements, de combats.

" Deviendrai-je le héros de ma propre vie, ou bien cette place sera-t-elle occupée par quelque autre ?" En ouvrant son film sur cette citation de David Copperfield par Charles Dickens, la note d’intention de la réalisatrice Laetitia Masson est limpide. Il s’agit d’un film entre fiction et documentaire, sur le combat d’une mère pour que son fils puisse se fondre dans un monde très normé. La réalisatrice y raconte sa propre expérience avec son fils Alphonse Roberts, qui tient le rôle-titre lorsqu’Ulysse est adolescent.

Le film commence avec l’ouverture d’un diaphragme d’une caméra, symbolisant aussi une forme de mise au monde. Pas de doute, Laetitia Masson maitrise l’art du cinéma. Par son sens du montage et de l’ellipse, elle capte parfaitement l’essence tragique qui imprègne cette cellule familiale. Elle parvient aussi magnifiquement à créer une belle alchimie entre ses comédiens expérimentés et des enfants non-professionnels. Il en découle une évidente sincérité, de la tendresse et de la bienveillance pour ses personnages qui se respectent et s’aiment au-delà de leurs faiblesses.

Néanmoins, le fond du récit reste assez balisé et limité dans sa portée. La lourdeur administrative et la violence bureaucratique pour faire cohabiter des êtres différents dans une société avant tout orientée vers la compétitivité sont relativement connues. Le combat d’Alice demeure courageux, mais on ne peut s’empêcher de se demander ce qu’aurait été ce parcours dans un contexte plus précaire, sans les ressources sociales dont disposent les protagonistes.

Surtout, le film ne questionne que très partiellement l’horizon qu’il assigne à son héros. Tout l’enjeu semble consister à intégrer Ulysse dans les cadres habituels de la réussite sociale : autonomie, emploi, indépendance. Cette aspiration est légitime, mais elle demeure présentée comme une évidence plutôt que comme un choix parmi d’autres possibles. Les structures d’accueil spécialisées, par exemple, sont souvent filmées comme des solutions par défaut, voire comme des échecs. Dés lors, ce regard « vu de haut », un peu à l’image de l’appartement d’Alice et Stan perché dans une tour, semble trop normé pour véritablement transcender son propos.


el_blasio
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le 5 juin 2026

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