juin 2012:

Sans aller jusqu'à des degrés d'adoration hystérique, j'avoue que le cinéma de Preston Sturges est souvent pour moi une belle occasion de rire et de m'émerveiller, pour l'intelligence des dialogues et le jeu parfait de drôlerie de ses comédiens.

Ce "Lady Eve" est peut-être celui qui fait moins la part au comique physique (encore que le pataud Henry Fonda pourrait arguer du contraire) que davantage à la percussion des répliques.

Les finesses des allusions chargent le film d'un érotisme époustouflant que les deux acteurs principaux parviennent à maintenir avec une incarnation et une élégance rares.

C'est à cela qu'on voit que Barbara Stanwyck est une immense comédienne. Elle livre une prestation exceptionnelle, celle d'une grande dame, doublée d'une chipie, mais matinée d'un cœur tendre, prêt à éclore devant l'ingénuité d'un Henry Fonda qui se trouve dans un registre peu commun pour lui, celui d'un benêt, d'un naïf dont il parvient à faire passer la crédulité pour une marque de sensibilité enivrante. Il sauve son personnage du crétinisme pur où le scénario menaçait de l'enfermer. En soi une gageure superbement relevée.

D'aucuns diront, et à juste titre, que Preston Sturges est un des maitres de la screw-ball comedy, assurant un rythme incroyable, d'un dynamisme savamment équilibré par quelques temps de respiration, jamais morts, mais toujours nécessaires pour retrouver une action comique échevelée.

Le film est brillant de ses seconds rôles également, il compte excusez du peu Eric Blore, Eugene Pallette, William Demarest ou Charles Coburn, des durs à cuire rompus à toutes ces joutes verbales frénétiques, tous aussi excellents les uns que les autres. Il en ressort que le cinéphile est bien entendu ravi de retrouver ces trognes, ces voix et ce, dans un film remarquablement bien écrit.

L'alliance de l'écrit et du joué procure un plaisir de cinoche somme toute assez rare. Cette combinaison est à ne pas manquer. Du très grand Preston Sturges!
Alligator
8
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le 20 avr. 2013

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Alligator

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