Adapté du roman Mort d’un Condé de Pierre Lesou, auteur entre autres du Doulos, Le Condé est un pur polar Melvillien signé par le prolifique et sulfureux Yves Boisset.
Michel Bouquet y est stupéfiant dans le rôle d’un flic implacable qui règle ses comptes avec la vermine. De cette peinture ambivalente d’une justice expéditive, Boisset réussit à livrer un film plus réflectif que catégorique. Sous les apparats du flic dur se cache au final un personnage plus ambigu qu’il n’y paraît. C’est dans ce traitement qui ne bascule jamais dans la radicalité que le film tire sa force.
Une belle brochette de seconds couteaux, interprétés par quelques trognes coutumière du polar, Bernard Fresson, Pierre Massimi, Rufus et l’inégalable Michel Constantin, auxquels vient s’ajouter l’acteur Gianni Garko, figure incontournable du cinéma d’exploitation transalpin, viennent étayer la distribution de cet excellent film de genre à la française comme on en fait plus depuis belle lurette.
En trublion qui ne s’est jamais caché pour bousculer la bien pensance, à mille lieux des multitudes de guignols subventionnés qui jonchent le cinéma français actuel, Yves Boisset est un cinéaste franc du collier et frontal qui en plus de ne pas manier la langue de bois, ne le fait jamais par idéologie. Il navigue en permanence dans le gris, sans jamais réellement se positionner dans des postures moralisatrices ou idéologiques, il laisse au spectateur le choix de se faire sa propre idée.
Les figures de style du polar à la Melville sont redistribuées avec une sorte d’aura mécanique qui ne s’enraye quasiment jamais, même si le script peut parfois paraître se prendre les pieds dans ses propres limites. Même si le personnage principal semble emprunt d’une certaine radicalité, ce film est plus un questionnement glaçant sur la notion de justice qu’un pamphlet militant, et c’est sous cette forme qu’il en tire toute sa force de frappe.