Les début des ennuis pour Yves Boisset.
Troisième film d'Yves Boisset, c'est le premier avec lequel il aura des problèmes avec le pouvoir en place. En effet, le film a été contesté (et tenté d'annuler sa sortie) par le ministère de l'intérieur de l'époque, pour le comportement très contestable de l'inspecteur de police joué par Michel Bouquet, ainsi que de sa grande violence générale.
En comparaison, on pourrait assimiler ce film à une version française de French Connection, sorti un peu plus tard.
Michel Bouquet joue un inspecteur de police qui se croit au-dessus des lois, déterminé à se débarrasser de la pourriture, et qui va vouloir se venger de la mort de son ami, un autre policier tué par des voyous.
Ce qui est intéressant ici, c'est d'une part montrer des flics souvent radicaux, qui n'hésitent pas à torturer pour avoir des informations, et qui se croient protégés de par leurs fonctions en franchissant plus d'une fois la ligne jaune. D'autre part, les voyous sont représentés comme des véritables ordures, tuant eux aussi de sang-froid et n'hésitant pas à porter la main sur les femmes, en l’occurrence Françoise Fabien dans une scène assez impressionnante de brutalité.
Dans un sens, c'est l'anti-Melville dans la stylisation du policier et du voyou, avec leurs codes de l'honneur. Non, ici, on voit que c'est un jeune réalisateur qui regarde le monde avec les yeux de son époque, et qui voit que ce genre-là au cinéma se doit d'être plus actuel, quitte à ce que ça dérange.
La grande idée du film est de donner le rôle dit du condé à Michel Bouquet, lequel est magnifique d'intensité. Il n'en donne pas l'air pourtant, mais sa parole lentement débitée, son calme apparent et son apparence (veste et chapeaux noirs) lui donnent un air presque maléfique, plus encore que les bandits qu'il pourchasse.
La distribution n'est pas en reste avec Françoise Fabian, Pierre Massimi, Rufus (qui se fera méchamment tabasser lui aussi), l'étonnant Michel Constantin, et le choix étrange de Gianni Garko, acteur italien parlant français avec un accent anglais ! La présence de Garko (et d'autres acteurs du même cru) s'explique aussi par la coproduction italienne. On pourrait également parler d'Ennio Morricone pour l'influence de la bande originale signée Antoine Duhamel, du reste très réussie.
Je ne m'attendais à une telle réussite de la part de Boisset, bien que je sois un amateur de ses films, mais Un condé reste un polar très sombre, porté par un magistral Michel Bouquet, dont le physique est inversement proportionnel au charisme et au danger qu'il dégage. On a l'impression que d'un seul, le réalisateur avait balayé le film policier dit de papa pour proposer quelque chose de plus froid, et noir comme l'ébène.