Temps brumeux, risque de perte de repères et de dépasser les bornes

Il est des jours si blancs, si brumeux que la frontière entre le monde des morts et celui des vivants s'estompe et que les deux mondes semblent communiquer. Ces mots, que je cite approximativement, sont incrustés dans l'écran par lequel débute le film et quelque trois minutes plus tard, la voiture - que la caméra suit de l'extérieur depuis les toutes premières images et qui roule à grande vitesse sur une route solitaire, sinueuse et à moitié plongée dans la brume - oblique soudainement (étrangement) sur la gauche, défonce la barrière de protection et, tombant en contrebas, vole dans le décor... Rien de plus nous est dévoilé de l'accident.
On se devine dans un coin perdu d'Islande (une toute petite ville du bord de mer, apprendra-t-on un peu plus tard). On nous montre maintenant une grande bâtisse double, entourée de pâturages où paissent des chevaux ou poneys d'aspect rustique, avec un horizon de montagnes. Les saisons s'égrènent l'une après l'autre. Insistance sur le rude hiver islandais. La bâtisse est en train d'être complètement rénovée, et un homme de cinquante-soixante ans (Ingimundur) montre les travaux en cours qu'il exécute ou dirige à sa petite fille (Salka), huit ans, blonde et toute mignonne, elle et son grand père ayant un type nordico-viking prononcé. Bientôt, on pénètre plus avant dans cette famille et on comprend que c'est la femme d'Ingimundur qui est morte dans l'accident de voiture montré au début, qu'elle manque à tous, notamment à sa fille (qui est mariée et a deux enfants : Salka et un petit garçon de deux ans environ) et surtout à Ingimundur, qui est donc veuf, père, grand père, flic (en congé pour deuil) et qui n'arrive pas, vraiment pas, à accepter la mort de sa femme. Et comme il est flic, son réflexe c'est d'enquêter sur les conditions de la disparition de sa femme. Il devine intuitivement qu'elle menait une double vie, au moins amoureuse. Et comme l'histoire se déroule dans un tissu urbain assez limité, il localise et identifie assez vite l'homme susceptible d'avoir été son amant. Il est dévoré de jalousie posthume, maladivement avide de connaître les détails les plus intimes de l'existence de celle qu'il aimait pleinement et qui a si soudainement disparu. Son chagrin est si grand, son manque d'elle et sa colère si intenses qu'il basculerait bien, lui aussi, du côté de la nuit et des ombres... s'il n'y avait sa petite fille, Salka (le deuxième personnage principal du film), qui lui est très attachée, à qui il est très attaché et qui, bien sûr, le tire du côté de la vie.
Suite à certaines violentes péripéties, ils traverseront ensemble, l'une juchée sur les épaules de l'autre, un long tunnel plongé dans le noir le plus total ; ils y crieront de tous leurs poumons pour exhaler leur colère, leur désespoir ou simplement par jeu et... la vie reprendra le dessus, une vie qui, pour Ingimundur, restera tissée de rêves, de souvenirs et de chagrin, dans un monde où la frontière entre ce qui était (ceux qui étaient) et ce qui est (ceux qui sont) n'est peut-être pas aussi tranchée et aussi claire que ça... en tout cas en Islande, où le jour parfois est si brumeux qu'il en paraît presque blanc.
Beau film. Excellents acteurs. Étrange et fascinant pays.

Créée

le 2 févr. 2020

Critique lue 955 fois

Fleming

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9
2

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