Revu dans la foulée du revisionnage d'Amélie Poulain, ça permet de voir l'indéniable parenté entre les deux films de Jean-Pierre Jeunet, qui portent sa patte inimitable. On retrouve quasiment le même casting et on sent que cette famille de cinéma se régale à se mettre au service d'une histoire complexe et cruelle qui traverse toute la Grande Guerre d'un point de vue plus intimiste qu'historique. Comme dans Amélie, les détails abondent et offrent des tas de moments de connivence avec le réalisateur, les images sont dorées à l'or fin, les personnages brillent par leur humanité dérisoire et grandiose à la fois. Bref, de l'excellent cinéma, divertissant, profond, drôle et tragique dans le même temps, qui fleure bon la France traditionnelle mais pas ronflante ni belliqueuse, celle des gravillons dans les allées, des lettres interminables à ses proches, des gradés bas du front, des sans-grade pleins de noblesse, des menteurs sympathiques, des tricheurs magnifiques, des roublards exaspérants, des femmes résolues et solides, celle d'Au-revoir là-haut, tiens, par exemple, et de tous les livres de Pierre Lemaître en général, celle dont on croit se rappeler mais qui n'a peut-être jamais existé, on s'en fout, on l'aime quand même parce qu'elle est imparfaite, multiple et qu'elle a le dos large. Jeunet a su mettre le doigt sur quelque chose d'universel et de très local à la fois, comme les grands écrivains latino-américains ont su le faire pendant le boom de la littérature de leur coin du monde. On se sent en terrain connu mais on est surpris à tous les plans. De même qu'on peut pardonner toutes les lâchetés et tous les expédients de personnages dont on comprend les tensions internes. Après, on a de la chance de les comprendre parce qu'on rate un mot sur deux à cause de la prise de son, une spécialité française aussi, qui dilue les répliques dans le brouhaha ambiant. Or l'histoire mérite qu'on se concentre un chouia pour la suivre. Alors quand Audrey Tautou mâche ses mots comme de la guimauve, ça complique un peu la tâche. Mais bon, il faut bien trouver un petit reproche à faire à cette grande fresque humaniste et pacifiste, qui démontre admirablement combien la Grande Guerre a été orchestrée par de petits messieurs et, en général, combien la guerre est absurde et impitoyable. Cette leçon mérite bien un hommage, sans doute...