D’un point de vue politique, ce film est bien sûr un geste courageux d’opposition au régime iranien de la part de Jafar Panahi. Cependant, ça ne suffit pas pour en faire un grand film. Le fait de nous soumettre à un dilemme moral sur le sort qui doit être réservé aux bourreaux dans une dictature est plutôt intéressant en soi et rappelle de chouettes scènes de la série « Lost » de Jeffrey Lieber à travers le personnage de Sayid. Cependant, même si le côté maladroit est un peu touchant parce qu’il fait écho au désespoir du réalisateur face à un régime autoritaire qui est là depuis une éternité et à ses traumatismes, on a surtout l’impression de voir un réalisateur qui maitrise pas trop sa mise en scène (dans ce film-là en tout cas). On assiste à un film trop bavard qui répète sans cesse sa haine des bourreaux (ce qui est très compréhensible mais c’est lourd tellement ça se répète dans le film).Il y avait pourtant du potentiel dans certaines scènes comme la très bonne scène de l’accident qui n’est pas vraiment montré, je préfère largement ce genre de scènes où on suggère plutôt qu’on insiste lourdement sur la situation par des dialogues pas très bien écrits. J’aime plutôt bien le personnage de Hamid (Mohamad Ali Esmayehr) qui, certes, parle beaucoup aussi, mais amène un peu de folie dans ce film un peu trop lisse. Paradoxalement, je trouve que Delmaz Najafi (la fille d’Eghbal) est une des meilleures actrices du film, les scènes où elle est présente sont sûrement les meilleures du film.Je n’ai pas réussi à entrer pleinement dans le film, pas mal de scènes ne fonctionnent pas vraiment. Courage à Jafar Panahi, j’espère qu’il pourra rester en liberté, mais sur le plan esthétique je trouve ce film décevant pour une Palme d’or, qui est d’habitude pour moi l’assurance d’un bon voire très bon film (Taxi Driver, Pulp fiction, Elephant, Parasite, Sans filtre, Anatomie d’une chute, Anora).