Avec Un simple accident, Jafar Panahi élève son niveau en terme de tournage clandestin. On était habitué à la voiture, s'ajoutent la nuit et le désert (encore un film de 2025 qui se joue en partie dans le désert !).
On sait la situation actuelle en Iran, mais Panahi ne la montre qu'indirectement. La première fois que Vahis semble reconnaître son geôlier, celui-ci est surcadré, caché par les murs de l'entrepôt. Ce jeu de cadrages, d'entrées et venues des personnages, occupe tout le prologue. Le discours indirect qui guide le film permet au réalisateur de prendre des détours, vers la comédie grinçante par exemple, ou plus explicitement de la ville au désert, ou des décalages, notamment sur les fiancés en plein shooting, embarqués par la photographe dans ce thriller qui tombe mal et où la ligne droite est criminelle (l'ouverture du film, le simple accident du titre, parle d'un chien, victime innocente de la voiture).
Mettant en scène d'anciens détenus, opposés au régime, le récit commence comme un film de vengeance (celle contre un homme qu'on aurait identifié comme Egbhar la Guibole, surnommé l'Éclopé, un geôlier au service de l'État et, selon les temoignages, particulièrement violent et cruel avec les détenu.es) et se poursuit comme un film de révolte (contre le système, donc). Panahi, qui connaît les prisons iraniennes, livre un témoignage saisissant de ce qui s'y déroule de plus inhumain, loin des caméras.
La petite histoire rejoint la grande, comme souvent le cinéma peut le faire. Le van, grand comme une cellule de prison, mais mobile, joue la clandestinité. S'assurer qu'il s'agit bien de l'Éclopé (ne pas l'enterrer vivant trop vite), c'est, par métonymie, identifier le bon responsable, l'État iranien. Passer de la vengeance personnelle à la révolte, collective. Un peu comme ce qu'il avait co-écrit dans le scénario de La femme qui en savait trop.
Reste à savoir pourquoi ce film, si profondément iranien, va représenter la France aux Oscars...