Una
6
Una

Film de Benedict Andrews (2017)

Je ne m'attarderai pas sur le sujet subversif, car c'est à la pièce, dont le film est une adaptation, qu'il faudrait se reporter. De même, je ne peux pas évaluer la fidélité à la pièce et le respect des dialogues, puisque je ne l'ai pas lue.

L'histoire met mal à l'aise, parce que les personnages sont ambigus et n'entrent pas dans les moules assignés par la justice. On n'a pas d'un côté un pédophile et de l'autre une gamine de 13 ans qu'il a violée. Les relations entre ces deux êtres sont beaucoup plus complexes. Le film nous donne à voir les retrouvailles entre un homme d'une cinquantaine d'années et une jeune femme avec qui il a eu des relations sexuelles quinze ans auparavant alors qu'elle avait treize ans. L'homme est allé en prison pendant quatre ans, puis a refait sa vie après avoir changé de nom. Una, en revanche, est restée chez sa mère et a enfin réussi à retrouver Ray après des années de recherche. Leur confrontation va être l'occasion pour Una de poser les questions qui la hantent depuis quinze ans et d'avoir peut-être des réponses qui lui permettront de commencer à vivre. Mais ses questions ne seront pas forcément celles auxquelles on s'attend, car Una aime Ray...

Je n'irai pas plus loin sur cette histoire ô combien complexe et subversive. Le mieux serait de lire la pièce, Blackbird de David Harrower, scénariste du film.


En revanche, je peux parler de la mise en scène très discrète qui s'efface devant deux acteurs intenses, de l'atmosphère nocturne tendue et étouffante, de la violence et de la tendresse des échanges entre Una et Ray, de leur complicité, de la délicatesse des souvenirs lointains qui contraste avec l'âpreté et le désespoir du présent, de la beauté de femme-enfant de Rooney Mara, du désarroi et de la flamboyance de son regard, du regard perdu et fuyant de Ben Mendelsohn, des décors froids et écrasants de l'entrepôt où se déroule presque tout le film, des dialogues crus jusqu'au malaise.

Rooney Mara a été merveilleusement choisie, avec sa grâce d'adolescente et ses immenses yeux interrogateurs. Silhouette frêle dans le gigantesque entrepôt, elle ressemble à une petite fille qui n'a jamais grandi. Ben Mendelsohn n'a pas le physique repoussant et monstrueux qu'on attend d'un pédophile. C'est un homme banal, pas plus grand que sa victime, et qui paradoxalement, semble plus fragile qu'elle. Elle le domine clairement pendant leur longue confrontation.

Les deux acteurs sont superbes, subtils et à fleur de peau. L'essentiel des émotions passe par leurs regards, leurs silences et leur langage corporel. Enfermé avec eux dans l'espace détente des ouvriers qui ressemble à une cage de verre au milieu de l'obscurité, on partage jusqu'au malaise leur intimité et leurs souvenirs les plus secrets. C'est dans cette proximité extrême que le film est le plus inconfortable, dans cette évocation par les souvenirs d'une relation illicite et condamnée par la justice. Je pense que le metteur en scène est allé aussi loin qu'il le pouvait, sans aller au-delà du supportable. Grâce à lui et aux acteurs, on sent les deux personnages désemparés, submergés par un déferlement de sentiments mis de côté ou contenus pendant quinze ans.

C'est aussi grâce aux deux merveilleux acteurs qu'on arrive à aller jusqu'au bout de cette histoire franchement très déprimante et au rythme très lent - voire languissant. N'espérez pas un happy end à cette histoire compliquée. Contrairement à la réponse de la justice qui aime trancher et déteste l'ambiguïté et le flou, la fin est ouverte, comme un point d'interrogation. Que vont devenir Una et Ray après cette nuit d'affrontement émotionnel ? On ne le saura jamais.

Mairrresse
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le 17 mai 2026

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Maîrrresse

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