Le film s'ouvre sur un oeil, un regard qui se forme, une langue qui se prononce maladroitement. Fond noir !
L'intérêt majeur de cette adaptation est son ACTRICE principale. A la fois très connue, reconnue et méconnaissable, elle a joué ici avec son image pour rendre possible le processus particulier du film. En effet, de nombreuses scènes sont filmées en caméra cachée avec des acteurs non professionnels. Cela donne plus de vérité aux scènes de séduction et montre comment un homme est une proie facile. D'ailleurs cette mante religieuse se métamorphose complètement à la rencontre d'un homme qui la regarde autrement qu'avec un désir à assouvir.

Le moment ou la séductrice marche hagarde et fait une chute en pleine rue est un pendant à la scène de la plage ou son indifférence aux événements se déroulant dans l'eau. Le temps se fige, son visage sur le sol, les gens qui la soutiennent qu'elle quitte sans un merci ni même un regard. Elle se relève comme pour une renaissance. Son chemin va changer.
Jonathan Glazer filme une histoire qui en soi n'a rien de bien original. Une croqueuse d'hommes venue d'ailleurs, une volonté de s'humaniser. Rien qui sorte des sentiers déjà balisés. Ce qui diffère c'est le style ! Une bande son envoûtante, (merci à Mica Levi pour son travail fabuleux) une caméra qui à la fois expérimente et maîtrise absolument ce qu'elle cherche à montrer...
Et puis il y a l'actrice ! Scarlett que je désespérais de retrouver dans autre chose que ce personnage de fille désirable qui joue de ses charmes, montre en jouant un corps sans voix après avoir joué une voix sans corps, qu'elle est en train de donner une nouvelle chance à sa carrière et fait à nouveau des choix de rôles intéressants. Elle retrouve son corps ici et l'expose aux regards et aux désirs comme une marchandise consumériste qu'elle va finir par abandonner. Est-ce une parabole imagée pour nous dire qu'elle a compris qu'être une actrice était plus qu'une image ?
Je la remercie de m'avoir donné tort en la condamnant d'avance.
Son errance dans des limbes à la fois sombres et translucides son passage dans une Ecosse magnifique et sauvage font de ce projet casse gueule une réussite même s'il s'égare par moments dans ses recherches purement esthétiques et se fait rattraper par son sujet on passe au dessus pour se laisser happer par ce poème fantasmatique.
Même si le cadre est bien implanté géographiquement et socialement il s'agit d'un voyage dans l'espace et le temps.
Toute à sa mission, la "séductrice", au volant de sa camionnette ne prête attention qu'à son objectif. Une ombre à moto veille de loin à ce qu'elle ne s'en éloigne pas. Elle DOIT susciter le désir chez sa proie. Elle ne ressent rien que la chair froide. Quand la chaleur humaine va enfin la toucher, le film prendra une toute autre direction. En perdant sa fonction première (séductrice) elle devient mutique.
Elle montre ici que la communication ne passait pour elle et ses proies que par le corps, que les mots ne sont définitivement que des leurres.
Face à cette importance donnée à la forme, difficile de croire que derrière cet objet se cache un roman.
Comment est-il possible de ressentir la force conférée par ces images au travers de simples signes formant des mots qui collés les une aux autres arrivent à faire des phrases qui expriment des idées ?
Tout commence et finit dans l'éternité
Rawi
8
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le 4 juil. 2014

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Rawi

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