Pendant qu'une voix douce susurre une comptine, le râle d'une lente agonie prend le pas à chaque silence dans un décor d'une chambre figée par le temps et emplie d'images religieuses.
La voix douce, c'est celle d'Evy, une jeune femme qui enregistre la nuit venue un podcast à distance avec son meilleur ami Justin sur des faits divers larvés de surnaturel. Le râle, c'est celle de sa mère, immobilisée par la maladie, chez laquelle elle est revenue habiter pour l'accompagner dans ce qui sont sans doute ses derniers instants.
Un jour, Justin reçoit un mystérieux mail avec dix pièces jointes audio qui vont retracer le vie d'un couple visiblement assailli par une mystérieuse présence. Au fur et à mesure de ces enregistrements de fragments de vie de plus en plus étranges, Evy ne peut plus simuler l'esprit rationnel de leur duo face aux événements inexpliqués dont elle devient victime à son tour...
Souvent utilisé au sein du found footage en pilier central pour véhiculer la peur (on citera les méconnus "Willow Creek" et "Leaving D.C." pour ceux qui, à nos yeux, en ont usé à bon escient pour de vrais frissons) ou sinon, via un format plus conventionnel, une tension continue par l'attention continue du moindre détail qu'il requiert (l'excellent "The Guilty" notamment), la puissance de la simple captation d'enregistrements sonores pour engendrer les images les plus folles dans l'imaginaire du spectateur reste et restera un outil de narration/mise en scène d'une efficacité folle. Et "Understone" qui en fait complètement son maître mot-décibel est encore une fois là pour le prouver !
Peut-être pas tant sur le fond certes, le défilé des écoutes entre les deux podcasteurs suit une mécanique de montée en puissance surnaturelle finalement assez proche du procédé de found footage dans ce qu'il veut y retranscrire, et ce même si l'ensemble se veut ici plus élaboré (l'entité malfaisante à laquelle le film fait appel a déjà été plusieurs fois utilisée ces dernières décennies, on a d'ailleurs trop souvent l'impression d'avoir un coup d'avance sur les déductions des protagonistes à son égard), d'autant que le cachet A24 -et le côté plus "elevated horror"qu'il entraîne forcément dans son sillage- marche en terrain thématique très vite (re)connu avec la culpabilité de cette fille au devenir maternel encore fébrile face à l'omniprésence d'un traditionalisme religieux ne demandant qu'à se mouvoir de façon vengeresse à travers l'inertie d'une mère trop longtemps délaissée.
Cependant, l'expérience que propose Ian Tuason autour pour nous le faire découvrir se révèle méchamment happante sur la forme, laissant d'abord le temps aux sons des enregistrements de s'imprégner dans le huis-clos de cette maison transformée en chambre funéraire jusqu'à en faire transpirer les murs de l'oppression grandissante qui habite son héroïne à leur écoute. Tout ce qui le décore de façon exagérée en ornements religieux paraît ainsi devenir une menace à l'écran, se fondant comme accessoires aux morceaux du puzzle audio addictif subi par Evy et son acolyte, et, évidemment, en faisant du corps de cette mère, paralysée à l'étage, l'instrument de peur parfait pour en traduire littéralement à l'écran la paranoïa contagieuse dans laquelle ils se retrouvent tous deux prisonniers.
Superbement maîtrisé sur l'aspect sensoriel que son concept oblige, "Undertone" parvient à transcender son récit et ses problématiques dans un exercice de style qui scotche par son atmosphère mortifère toujours plus crispante dans l'avancée des écoutes de ses personnages et qui, il faut bien l'avouer, explose tous les compteurs de tension dans une dernière demi-heure aux allures de portes ouvertes sur une dimension infernale, emportant son héroïne (et nous avec) dans un incessant grand huit de pure folie dangereuse jusqu'à son générique de fin.
Si on devait le caricaturer à tout prix, on pourrait rapprocher "Understone" d'un "Paranormal Activity" sous une nouvelle forme, bien plus maligne, dotée d'une vraie vision d'auteur et d'un propos qui restaient aux abonnés absents sur les films de cette franchise... Ça tombe fort bien puisque Blumhouse vient justement de choisir Ian Tuason en vue relancer cette saga surnaturelle sur grand écran. Pour une fois, le choix est pertinent, reste à voir si le réalisateur canadien saura y apporter toute l'intelligence de mise en scène dont il preuve dans "Undertone".
Uozyba-Ni-Emoc !
Uozyba-Ni-Emoc !!
UOZYBA-NI-EMOC !!!