Le point de départ du film m’a beaucoup fait penser à un film australien sorti en 2022, Monolith, de Matt Vesely. Dans ce film, on avait une ex-journaliste, dépressive, seule dans son grand logement, qui tenait un podcast où elle évoquait des faits inexpliqués, et elle allait elle-même être directement exposée à un de ces faits.
Si le point de départ semble le même ici, dans Undertone, il est cependant un peu plus complexe.
D’abord parce que la protagoniste n’est pas seule. Enfin, elle est seule sans l’être à proprement parler. Elle s’occupe de sa mère, qui est là sans être là : elle est mourante et ne peut plus quitter le lit où elle attend le moment de donner son dernier souffle. C’est ici une présence paradoxale : ce personnage n’intervient qu’indirectement dans l’action et son existence se fait même parfois oublier, mais elle contribue pourtant à instaurer une ambiance bien glauque, avant même que l’histoire ne démarre véritablement. D’emblée, nous sommes plongés dans une histoire de mort, mais aussi d’une relation parent-enfants peu commune.
Cette atmosphère de mort est encore renforcée par la présence d’une iconographie chrétienne très doloriste. Les images et statuettes de saint et de Vierge aux traits déformés par la douleur (physique ou morale ?) semblent entourer les personnages, et là aussi cela instaure une ambiance très particulière, franchement glauque.
Autre point de différence : alors que, dans Monolith, la protagoniste était vraiment seule pour son podcast, ici elle le tient en collaboration avec un autre journaliste, dont on entendra la voix mais que l’on ne verra jamais. Le podcast traite, bien entendu, de faits inexpliqués, et le duo reprend le fameux antagonisme entre le sceptique et le croyant. La protagoniste est censée tenir le rôle de la sceptique, celle qui va toujours chercher des explications rationnelles, alors que son collègue doit, quant à lui, jouer à fond la carte du surnaturel.
Cependant, dans la réalité, le distinction n’est pas si évidente, et on comprend qu’Evy est vite encline à céder aux terreurs irrationnelles.
Bien entendu, le film sait jouer sur les sons. Les documents sonores envoyés au collègue et étudiés pour les besoins du podcast sont assez intéressants, surtout parce que, là aussi, ils posent une ambiance qui nous rend perméables au reste. Les sons dans la maison vont jouer un rôle également.
Parmi ces sons, il y a particulièrement les comptines enfantines Elles qui sont censées apaiser les enfants apportent ici une bonne dose d’angoisse (en plus de renforcer le maillage du thème de la relation parent/enfant). De plus, l’étude des sujets réels de ces comptines apporte vraiment un plus au film.
L’autre son essentiel, bien évidemment, est l’incantation démoniaque.
Mais j’avoue que ce sont surtout les cadrages qui m’ont intéressé.
Car si le film sait prendre soin de sa bande-son (et c’est le minimum que l’on puisse en attendre, vu son titre et la promotion qui insiste là-dessus), j’ai trouvé que l’image était bien travaillée également. Par ses cadrages, ses jeux de lumières et ses ombres, par aussi la présence presque constantes d’ouvertures (portes, fenêtres…), le spectateur est amené à regarder constamment des arrière-plans, tous ces éléments de décors où l’on est convaincus de voir passer quelqu’un ou quelque chose. Constamment on scrute les minuscules détails, se demandant s’ils étaient comme cela la fois précédente, etc. La réalisation nous incite à cela, quasiment à chaque plan, et c’est très bien vu.
Undertone nous propose donc un beau travail sur l’atmosphère, mais aussi sur une thématique, et tout cela nous entraîne logiquement vers ce qui va suivre.