Abnormal Family, c’est un peu comme si Ozu se mettait au film érotique. Ce premier film d’une soixantaine de minutes de Suo Masayuki (oui, oui le réal’ du gros succès au box-office de Shall we dansu ? qui a eu le droit à un remake hollywoodien) est une parodie érotique de l’œuvre de Yasujiro Ozu.

Avant de devenir le metteur en scène à succès qu’il est, Suo Masayuki réalisait donc un hommage appuyé tout en rose au cinéma d’Ozu. Sa mise en scène est d’un mimétisme écolier. On retrouve toutes les caractéristiques du vieil auteur, et ce, dès le générique avec sa toile peinte. On y voit donc une caméra au ras du tatami, des cadres justes qui laissent s’exprimer des acteurs, presque figés qui parlent lentement en choisissant leurs mots. Cette famille aux relents ozuesque qui est au cœur de l’intrigue se démarque de la référence classique. Elle semble subir un dérèglement qui se résumerait au facteur « sexe ». L’ainé s’envoie en l’air avec sa femme sous le toit familiale, et fait donc partager ses exploits aux autres membres. Les autres, justement : la fille (sœur) se prostitue, le cadet est un pervers. Quant au père, veuf de son état, il se rêve dans les bras d’une serveuse de bar.

Abnormal Family est un essai érotique réalisé avec intelligence, et surtout un profond respect pour le travail du maître. Suo Masayuki pastiche sans moquerie et semble s’en amuser, comme nous.

Une spéciale pour une scène de fin de film où un discours qu’on pourrait qualifier de philosophique sur les choses de la vie est récité par le père et sa belle-fille, et par une unique voix, celle de cette dernière.
IllitchD
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le 7 juin 2013

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