Cela devient une habitude dont pourtant on ne se lasse pas, tant aussi on aimerait qu'elle se manifeste pour le cinéma français : le cinéma iranien qui parvient à se construire dans l'urgence et la précarité, de manière confidentielle et risquée pour déjouer les manœuvres du pouvoir en place nous enchante toujours plus, découverte après découverte de films qui ont en commun la maîtrise de la construction, la complexité des personnages jamais enfermés dans un manichéisme facile, la connexion directe avec la société. Ce thriller, qui est un premier film, possède à l'évidence toutes ces qualités. Autour d'un universitaire exilé revenu en Iran après vingt ans d'absence, un piège terrible est en train de se resserrer, faisant remonter des profondeurs ténébreuses et honteuses les rancunes et les jalousies. Tandis qu'Arash se souvient au travers des flashback qui le renvoient à ses premières années, il tente dans le présent d'obtenir son passeport entre Chiraz et Téhéran pour pouvoir regagner Paris. L'impression de malaise et d'étouffement qui le gagne petit à petit envahit à son tour le spectateur, une nouvelle fois atterré par l'état généralisé de violence et de suspicion qui définit aujourd'hui la société iranienne. Le film montre aussi combien il est compliqué de se libérer des racines et de la mémoire surtout quand elle est si traumatique, laissant en suspens des querelles en apparence enfouies, dont on pourrait même s'étonner de la facilité avec laquelle elles flambent derechef. Vingt ans après, Arash n'est surtout pas disposé à être la victime manipulée et au final consentante d'un sordide complot qui nierait son statut et son histoire. Une famille respectable est donc une œuvre forte et très noire, sans illusions, n'offrant aucune échappatoire quant à sa vision de la nature humaine, corrompue et veule, avide et jalouse. Néanmoins, en tant que spectateur et cinéphile, pouvons-nous au moins saluer l'étonnante vitalité d'un cinéma à appréhender comme une planche de salut, un moyen d'attirer l'attention et d'alerter. Et quand cela est fait avec autant de talent et d'intelligence, on ne peut que s'en réjouir.
PatrickBraganti
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le 6 nov. 2012

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