Pour son premier film en tant que réalisatrice l’actrice Anna Kendrick s’inspire d’une histoire vraie. Le truc glace un peu les veines : en 1978, Cheryl Bradshaw participe au jeu télévisé “The Dating Game” (chez nous c’est «Tournez manège») et elle est présentée à Rodney Alcala, un psychopathe tueur en série (oui oui, histoire vraie).
La réalisatrice dépeint avec justesse ce que peu d’hommes arrivent à comprendre : l’embarras et la peur généralement vécus par les femmes face à des gars bien lourdingues : insister pour prendre un verre, insister pour monter dans l’appartement, insister pour prendre un 06 et autres indélicatesses... Toutes ces situations sont bien connues des femmes. Et le mot «Non» a un sens différent selon qu’il vient d’un homme ou d’une femme. Et comme le sujet mâle connard aime bien se construire dans sa capacité à satisfaire tous les désirs féminins, ça accouche souvent de bons malaises.
Pour étoffer son récit, Anna Kendrick a l’intelligence de multiplier les sous-intrigues. Elle insère une spectatrice qui tente de prévenir du danger mais qui se heurte aux failles du système judiciaire et à la zéro-écoute des hommes + l’histoire d’autres victimes face au tueur. Les divers bonds dans la chronologie sont bien rythmés. Il y a dans le film des vrais moments de tension. Kendrick arrive à nous faire ressentir l’angoisse des victimes. La construction est intéressante avec divers bonds dans la chronologie, cachant et révélant en finesse les vies des personnages principaux. Le film comporte aussi des moments de réelles tensions. Tout le passage «Tournez Manège» reste carrément bien ficelé (sur le jeu devant les caméras et les coulisses).
Cette «Femme en jeu» n’échappe pas à quelques imperfections ( le dénouement est un zest brusque), mais dans l’ensemble cette première réalisation propose une excellent thriller aux abords féministes. En bref Anna Kendrick m’a donné envie de suivre ses futurs projets en tant que réalisatrice.