Avec Une histoire de fou, Robert Guédiguian traite du génocide arménien qui eut lieu dans l'Empire ottoman entre 1915 et 1916 sous un angle intéressant. Il commence par l'assassinat de Talaat Pacha par Soghomon Tehlirian à Berlin dans le cadre de l'opération Nemesis, puis le fameux procès retentissant qui a suivi, et qui a vu Tehlirian acquitté. Après ce rappel historique fort judicieux (et une reconstitution de grande qualité), il déplace la caméra dans l'époque d'aujourd'hui à Marseille où un fils arménien, Aram (Syrus Shahidi) veut venger les crimes commis contre son peuple et ne comprend pas l'inaction de ses parents (Simon Abkarian et Ariane Ascaride) qui se contentent de mener leur petite vie bien à l’abri à Marseille avec la communauté arménienne (nombreuse) qui s'y est installée après le génocide.
Aram veut devenir terroriste. Sa première cible : ambassadeur de Turquie en France. Le groupe de terroristes fait sauter une bombe à côté de sa voiture, mais un cycliste français (et donc innocent) est touché. Ce n'est pas facile tous les jours d'être terroriste, et Aram a des remords. Gilles (Grégoire Leprince-Ringuet) survit. Et c'est là l'angle intéressant choisi par Guédiguian. Au lieu d'être dans la haine, Gilles va essayer d'en apprendre plus sur l'Arménie - pays qu'il ne sait même pas situer sur une carte, comme beaucoup de français - et sur le génocide. S'il y a quelques petites longueurs, elles sont pardonnables. Comme souvent avec Guédiguian, on traite de questions complexes avec une bonne dose d'humanité et de légèreté. À voir sans aucun doute, peut-être après avoir vu Mayrig de Henri Verneuil et The Cut de Fatih Akin.