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L’île noire
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le 21 nov. 2017
Ceci est une interprétation a chaud, sans connaitre d'autres avis probablement plus constructifs.
Je sors de ce visionnage encore une fois abasourdi par la maitrise et la précision du travail conjoint d'Ingmar Bergman et de Sven Nykvist. D'un point de vue purement plastique, il y a une forme de plénitude qui se dégage de l'image. On retrouve d'ailleurs de nombreux parallèles visuels entre la Passion d'Anna et Le Sacrifice de Tarkovsky (Nykvist également a la photo, ce GOAT ultime).
Le travail sur les gros plans est absolument merveilleux, se rapprochant tellement des visages et des mots qu'on pourrait en extraire leur âme. En dehors de cela, Bergman comme à son habitude, isole ses sujets soit dans une immensité horizontale, soit via des contrastes très marqués entre arrière et premier plan. Car une fois de plus, l'intérêt et le but du scénario Bergmanien est entièrement tourné vers les personnages et leurs interactions.
Le film est interrompu 4 fois par des interview extradiégétiques des acteurs expliquant la représentation qu'ils ont de leur personnage respectif. Alors si cela peut interloquer de prime abord, il y a dans la démarche une volonté d'analyse et d'introspection assez extraordinaire qui permet non seulement de comprendre les enjeux, mais aussi la psyché des personnages. Je trouve ça formidable et extrêmement malin, permettant d'éviter des dialogues explicatifs inutiles.
Ainsi on suivra Eva, Elis, Anna et Andreas, tous représentant une facette de la dépression et de ses symptômes. En décortiquant rapidement, chacun d'entre eux ne se sent pas à la place sociale qu'ils occupent. Elis, architecte émérite, voit dans son œuvre une source de vanité et d’égocentrisme qu'il abhorre. Il ne considère alors le monde que par un prisme nihiliste. Il entraine alors sa femme, Eva, dans son ombre, elle qui ne souhaite que s'affirmer et rêve de liberté absolue, la poussant à l'infidélité pour se sentir vivre. En opposition à Eva, Anna ne considère la vie et la relation amoureuse que par la vérité et la confiance mutuelle absolue. Ainsi, elle ne pourra envisager une reconstruction après le décès de son mari car celui-ci mentait sur ses sentiments. Enfin Andreas ne pourra pleinement s'engager sentimentalement, sa honte et ses remords opérant comme un mur indestructible. Les 4 personnages se retrouvent alors prisonniers de leurs défauts, n'amenant ainsi qu'à l'aliénation totale des relations sociales qu'ils tentent vainement de construire.
Et en parallèle de cela, au milieu de cette ile et de cette intrigue passionnelle, opère un fou. Mais alors qu'on pourrait s'attendre à une représentation satanique ou du moins antagoniste de ce personnage, Bergman décide de proposer un traitement radicalement différent. Ainsi le tueur devient la caractérisation suprême de la liberté, dénué absolument de tout carcan social ou moral. Il est l'antonyme exact du quatuor et donc paradoxalement une figure quasi idéalisée de liberté, faisant de la Passion d'Anna un objet autant révoltant que fascinant, et probablement un des meilleurs Bergman.
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Créée
le 20 mai 2021
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