Ce n’est rien 🎶
Pierrot vit dans un foyer. Sa sœur découvre, non sans une répugnance farouche, que son protégé est assujetti à un traitement pharmacologique dont le dosage pléthorique ne fait qu'obérer ses facultés au lieu de les soulager. Cet aveuglement médical, loin d'être un bienfait, s'apparente en réalité à une régression flagrante.
Face à cette constatation révoltante, son indignation ne connaissant plus de borne, elle prend la décision capitale de le soustraire à cet environnement délétère. Elle le recueille alors sous son propre toit, non comme une solution pérenne, mais comme une escale nécessaire en attendant qu'elle puisse lui trouver un sanctuaire idéalement adapté à ses particularités, un lieu où sa différence ne serait pas une source d'oppression mais de reconnaissance.
Je ne dois pas dire aux clientes blondes "je veux me marier"
Une Sincérité Subtile et Rarement Atteinte
Devant l'ampleur et la délicatesse du sujet, je me sens contraint d'être plus prolixe qu'à mon accoutumée pour en exposer la substance. Le film dont il est ici question, bien nommé Une place pour Pierrot, s'immisce dans un champ cinématographique largement délaissé, celui de la quête désespérée d'un refuge pour les personnes atteintes d’un TSA en quête d'un havre. Une quête d'autant plus poignante que les solutions d'accueil, dans notre société contemporaine, sont d'une raréfaction affligeante.
La réalisatrice, Hélène Médigue, apporte une légitimité émotionnelle et personnelle incontestable à son œuvre. Ayant elle-même un frère autiste, et ayant courageusement ouvert trois établissements d'accueil pour adultes, elle aborde ce sujet avec une profondeur et une sensibilité que nul autre n'aurait pu égaler. Son cinéma est une leçon de vérité, dénuée de toute préciosité ou de tout dramatisme superflu.
Dans l’eau, il fait noir
Une sincérité implacable et une justesse émotionnelle
L'un des plus grands mérites de ce métrage réside dans son refus de tout artifice. Il ne cherche nullement à embellir une situation qui, par nature, est terriblement complexe et souvent ingrate. Le film s'applique, avec une rigueur implacable, à dépeindre la réalité crue du quotidien des aidants, ces héros ordinaires dont la vie est une lutte de tous les instants, ainsi que la dure réalité des personnes qui présentent un trouble autistique. Les personnages sont subtilement esquissés, leurs émotions sont profondément ressenties, et leur souffrance est patente à l'écran. Il s'agit d'un cinéma d'observation, où les silences, les regards et les gestes pèsent davantage que des dialogues superficiels.
Ne parle pas à ton zizi. Évite du moins
Une performance d'une révérence incommensurable
Le film aurait pu être entravé par un choix d'interprète discutable. J'aurais volontiers affirmé qu'il aurait été préférable d'opter pour un interprète réellement autiste plutôt qu'un acteur neurotypique afin de donner plus de crédibilité au propos. Mais une telle assertion aurait malencontreusement entraîné la privation du jeu délectable et hautement subtil de Grégory Gadebois. Ce comédien de talent parvient à se glisser dans la peau de son personnage avec une telle délégation et une telle maîtrise que sa performance se hisse au rang d'exception. Il parvient à communiquer l'émotion et l'humanité de son personnage avec une sensibilité rare et étonnamment dévouée.
Ce film est un diamant brut, une œuvre essentielle qui mérite d'être vue et méditée.