J'ai beaucoup de mal à rédiger un avis sur le film car il se veut une démarche pédagogique (être au cœur de la vie d'un migrant) et déborde d'une apparente générosité.
Malheureusement, in fine, "Une saison en France" ne tient pas la route. Il en va du héros principal, trop vieux déjà (?), qui semble surnager assez facilement dans un environnement qui lui est totalement normalement inconnu, puisque fraîchement débarqué de Centre Afrique. Son portrait reste d'ailleurs assez flou entre son statut dans son pays (prof de lettre) et ses intentions en France (on ne saura jamais ce qu'il cherche vraiment), il y a comme un décalage. Ce même flou se retrouve d'ailleurs chez les autres protagonistes, Carole, Etienne... Ils semblent placés là un peu par hasard.
Le déroulement de la trame de ce drame est également maladroite (la pauvre Etienne ami de Abbas cumule les micro-situations horrifiques...), voire naïve (le papillon). Ce travers fait, à son insu et inutilement, sombrer le film dans une espèce de mélodrame un peu balourd. Et il ne faut pas compter sur le montage pour sauver quoi que ce soit. Les scènes quasi autonomes et sans conviction se suivent tant bien que mal, raccordées curieusement par la voix off du fils d'Abbas ou de la musique. S'ajoute à cela quelques incongruités, quant au final, il reste abscons.
Il y avait pourtant matière à ce que "Une saison en France" soit "le" film de référence de cette dramatique situation que traversent ces populations. Mais ici, la mise en forme tragique de ces faits de société manque de fièvre et d'emportements. Sans arrêt l'attention s'estompe pour se replonger dans d'autres réalités vues à la télévision ou au cinéma. On refait le film, le prolonge mais on ne s'y installe jamais complétement. Heureusement que Mahamat Saleh Haroun est un cinéaste reconnu et imprégné des souffrances du monde, car le film aurait presque pu être considéré comme une démarche opportuniste.