Pour plonger dans la mer poétique si particulière d'Une sirène à Paris, mieux vaut avoir auparavant trempé son orteil dans le petit bain du roman sorti en 2019, dont l'auteur n'est autre que le réalisateur de cette adaptation, le (vrai) surprisier Mathias Malzieu. Un surprisier, pour cet inventeur aussi inspiré qu'amusant, est une personne qui a dans l'âme l'envie d'émerveiller à l'improviste, et comment ne pas y voir une auto-description de l'auteur-réalisateur, mais encore faut-il ne pas boire la tasse dans son univers très riche et copieux en fantaisies. Ainsi sa poésie nous impose de passer l'éponge sur la romance très improbable et fleur bleue, sur le côté rocambolesque qui fonctionne si bien en version papier mais passe moins bien en film "réel" (on se prend souvent à penser qu'une animation aurait gagné à la magie du scénario, plutôt que les acteurs - pas toujours excellents - de ce casting), sur des scènes saugrenues qui fleurent souvent l'adaptation scrupuleuse... Le duo principal se fait (très) vite éclipser par le personnage, pourtant de passage(s) de Rossy de Palma, cette actrice haut en couleur qui convient si bien au personnage de la voisine invasive mais adorable. On apprécie aussi les petites animations chantées au début du film et en noir et blanc dans la salle de bains, qui rappellent de loin Jack et la Mécanique du cœur (toujours du même auteur), ainsi que le parti-pris de changer la fin de l'histoire (qui était, subjectivement, très décevante dans le livre) :
pas de fin atroce pour l'infirmière qui devait finir - elle et son bébé - transformés en sirènes et on lui offre ici même une occasion d'être une belle personne en sauvant Gaspard, voilà qui nous ravit bien davantage !
La patte de Malzieu est parfois un peu étouffante pour cette adaptation qui a du mal à s'émanciper du livre (sauf la fin, nettement meilleure) et nous impose d'emblée un univers très particulier, ce qui peut déstabiliser. Mais comment en vouloir à ce surprisier en chef, dont on attend déjà la prochaine invention poétique...