Je tenais à partager mon plaisir d'avoir vu ce film un peu oublié (du réalisateur on retiendra surtout le classique Frankenstein qui fera de l'ombre à celui-ci) mais néanmoins fort sympathique sur plusieurs points.
Le premier est qu'il traite pour la première fois de l'apparition de ces fameuses maisons "hantées". Attention ici point de fantômes, on parle vraiment hanté par des occupants (surtout les hôtes) peu recommandables !
Et le début met déjà dans l'ambiance lorsque l'on suit l'arrivée de trois touristes perdus en terrain boueux des contrées galloises, sous une pluie torrentielle.
L'arrivée de ces personnes vers la maison est déjà un bon moment, et on pensera que cela a du influencer pas mal de réalisateurs, on pense au début de Rocky Horror Picture Show notamment, lors d'une scène sous la pluie quasi similaire.
Et là on entre dans le vif su sujet par une présentation du premier occupant, l'immense Boris Karloff, en valet muet, inquiétant avec ce regard profond et ses cicatrices au visage.
Ensuite on fera la connaissance d'autres occupants au fur et à mesure du récit et c'est là que c'est intéressant dans le script , car on découvre en même temps que les invités les occupants inquiétants de la demeure infernale.
Et c'est la soeur Rebecca Femm (Eva Moore) qui en parlera la première dans une scène absolument exquise d'épouvante, avec un jeu de miroirs déformés et modification du son.
Qui n'aurait pas peur lorsqu'on vous dit qu'il s'est passé des choses pas saines dans la maison et qu'un mystérieux homme de 102 ans vit à l'étage.
Mais il n'y a pas que ça d'intéressant dans ce métrage, ce que j'ai aimé c'est aussi la partie réservé aux invités, lorsque Sir William Porterhouse (très bon Charles Laughton) arrive avec son "amie". On a donc de nouveaux occupants, et là aussi on apprend au fur et à mesure sur eux, donc le film joue sur les deux tableaux, on ne fait que découvrir les vrais personnalités de chacun, c'est le principe même du film mystère. Personne n'est tout blanc, ni tout noir, mais les illusions sont bien présentes tout au long de la soirée "arrosée" (dans les deux sens bien entendu).
Mettez ici par moment un peu de comédie, et on se croirait en plein "Famille Addams" dont j'ai senti quelques idées (avec cette main qu'on voit seulement , magnifique trouvaille et excellente scène).
Le point négatif serait le côté trop théâtral (1932 oblige...) que ça soit dans la mise en scène (on se demande où sont passés certaines personnes alors qu'elles étaient là y a deux secondes) et un problème de rythme, je pense à la romance naissante qui prend un peu plus de place que l'on souhaiterait.
Cependant, malgré ses petits défauts, "Une soirée étrange", qui n'aura pas le même succès que son illustre aîné "Frankenstein", n'en demeure pas moins un bon film d'épouvante, à regarder tard la nuit pour mieux s'imprégner de l'ambiance et sursauter devant ce regard profond de Morgan le valet (Boris Karloff).