Relativement "sympathique" à suivre au regard des pensums carabinés que Malick pond depuis une quinzaine d'années, celui-ci se résignant enfin à raconter une histoire. Yeallelujah. Mais bon, chassez le naturel, et la philosophie allemande revient au galop.


Ici, impératif catégorique et théologie du martyre se reniflent le derrière pendant une éternité (durée empirique, je précise), sur fond de pâturages alpins et de terreur nazie. La Passion chrétienne du personnage est l'axe narratif unique du récit, ce qui n'est donc pas pour me déplaire, et traitée ma foi de manière fort intéressante. A défaut d'être convaincante.


Le noeud du schmilblick, c’est que le personnage est absolument antipathique au possible. Qu’on puisse avoir un sens si aigu, si inflexible de la justice morale qu'il en devient aveuglant et fasse écran au réel, ça me dépasse. Le gars s'engage dans un combat solitaire parce qu'il trouve les nazis méchants (je grossis hein, mais c'est l'idée), s'offrant de facto à la guillotine mais surtout condamnant dans le même temps sa femme et ses trois enfants, qui n’avaient rien demandé, au chagrin et à l'opprobre. Soit, chacun son délire. Mourir pour ses idées certes, mais si et seulement si l'on meurt pour d'autres que soi. Jurisprudence Kirilov. Or pour Malick, très clairement, le type meurt pour lui-même et pour personne d'autre. Bon, peut-être un peu pour Jésus aussi, mais surtout pour lui-même.


Il n’y a ici aucun engagement philosophique, encore moins politique. Le nazisme, ce n’est aucunement l’affaire de Malick. Ce qui le fascine dans cette histoire, c’est la béatitude. Rien d’autre. Comment la figurer, la mettre en scène, la mettre en crise pour mieux la retrouver. Rien de nouveau sous le soleil du cinéaste. Là où ça me touche un peu plus qu’habituellement, c’est que cette fois-ci il se confronte directement à ce qu’il considère comme un saint, un martyr stricto sensu. Alors évidemment, il doute, il questionne, il invective. Mais à travers les épreuves qu’il traverse, il finit par voir et par savoir. Quoi exactement? Ce qu’implique d’être au fond un homme libre, au sens chrétien du terme ; que la mort terrestre n’est rien, que les premiers seront les derniers, que le règne vient, que quand y en a plus eh ben y en a encore. Bref. Que le paradis terrestre n’est pas complètement perdu puisqu’il en existe un plus beau encore, par-delà la montagne sacrée. Et tout ce parcours intellectuel est arpenté sans figurer ni exoplanète, ni dinosaure, ni même de Vestale se frottant à une vitre en plexiglas comme si sa vie en dépendait. Une forme de béatitude là aussi, à échelle de metteur en scène. Je persifle, mais c’est ce qui m’a encore le plus ému dans l’histoire, la sincérité désarmante de Malick à nous montrer les portes du Paradis, à vouloir nous guider vers la promesse de la Résurrection.


Cela méritait-il toutefois trois heures de suspense insoutenable? Non. Malick en a-t-il quelque chose à foutre? Non plus, et c’est ce qui pose problème finalement, plus que toute autre chose. Il n’existe peut-être pas de plus beau sujet à filmer que la foi, et plus précisément que la frustration qui réside dans l’impossibilité de pouvoir le faire. Le problème de Malick au fond, c’est qu’il est Américain. Non, je déconne. Le problème de Malick au fond, ce qu’il ne veut pas faire acte de cette impossibilité et propose comme parade depuis au moins dix ans de substituer sa caméra à Dieu. Ni plus ni moins. Hypothèse sur laquelle je ne m’étendrai pas davantage, si ce n’est qu’elle empêche de toute évidence le réalisateur à s’aventurer à inventer de nouvelles formes, à trouver des idées neuves qui permettraient à son cinéma de ne plus ressasser les mêmes motifs jusqu’à l’écoeurement. Bien des spectateurs n’en sont par ailleurs déjà plus là.

Garrincha
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le 22 déc. 2019

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Garrincha

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