Peut-on écrire une comédie autour de la démence sémantique, autrement dit Alzheimer, la réponse est bien évidemment oui mais cela demande une bonne dose de délicatesse pour trouver un équilibre entre le rire et le drame qui se joue, inexorable. On peut toujours faire confiance au cinéma belge en la matière et le duo de réalisateurs d'Une vie démente, Ann Sirot et Raphaël Balboni, a su parfaitement aller assez loin dans le loufoque de certaines situations, sans jamais attenter à la dignité humaine, tout au contraire, mais sans insister non plus dans un pathos vite mouché dès qu'il montre le bout de son nez. Le personnage principal, la malade donc, est pleine de vitalité et mène la danse face à son fils et sa compagne, bien obligés de suivre le rythme malgré leurs inquiétudes et leur chagrin. La vie a changé pour ces trois-là et chamboulé leur quotidien mais elle continue et le message a beau ne pas être révolutionnaire, il est mis en images et en paroles avec une bienveillance et un sens de l'ironie très pertinents, qui se voient jusqu'aux compositions graphiques imaginées en guise de décor. La caractérisation de chaque protagoniste, y compris l'aide-soignant, est très précise et chargée de tendresse et de moquerie gentiment goguenarde. Ajoutons que les deux réalisateurs semblent maîtriser parfaitement l'art du montage, très efficace, et les ellipses temporelles jusqu'à un dénouement naturel, apaisé et à mille lieux de ce que proposent en général les films américains quand il s'agit de traiter de sujets aussi graves.