Mitigé.


Un peu embêté par ce film, ou plus précisément par cette version d’1h18 – la seule apparemment disponible aujourd’hui –, qui a sans surprise pour principal défaut son rythme beaucoup trop rapide, que l’on devine évidemment provoqué par ce montage raccourci de 35 minutes en comparaison de l’original (qui ne serait visiblement jamais sorti nulle part).


Ici, la succession de générations de Froment et la multiplication de ses membres/des personnages en présence (dont deux de générations différentes sont d’ailleurs joués par le même Jouvet, curieuse décision), tout au long de ces soixante-dix années de Troisième République brassées en moins d’une heure vingt, à grand renfort d’ellipses régulières, provoquent un curieux sentiment d’empressement – pour ne pas dire de bâclage. Certains personnages n’apparaissent ainsi que le temps de deux ou trois scènes, quand le second interprété par Jouvet disparaît lui pendant la moitié du film (si bien que je me suis sincèrement demandé au bout d’un moment si j’avais loupé l’info de sa mort – mais non, on le retrouve en fait pour une ultime scène à la fin du film).


Difficile donc de s’attacher à ces personnages, a fortiori quand on peine à en identifier certains d’une époque à l’autre (puisque c’est bien évidemment la foire aux vieillissements après chaque saut dans le temps, et que le cas de Jouvet, changeant de rôle dès la première ellipse, me faisait systématiquement envisager qu’untel ou untel joue désormais un Froment de la nouvelle génération) ; à l’exception des deux personnages incarnés par Raimu et Suzy Prim, que l’on retrouve régulièrement durant quasiment tout le film, et qui sont pour le coup les seuls à exister un peu. Tous deux s’offrent ainsi la meilleure scène du film (celle en 1925 si je ne m’abuse), de loin la plus forte. Et probablement la seule dont je me rappellerai à terme.


Alors le film en l’état propose tout de même un début un milieu et une fin, un fil rouge dramatique qui trouve un accomplissement satisfaisant dans son avant-dernière scène (sur laquelle j’aurais plutôt achevé le film, d’ailleurs) ; il est proprement mis en scène (Duvivier n’étant pas un manche) ; et il est porté par une telle brochette d’acteurs (que je ne m’emmerde pas à tous nommer, mais en plus des trois principaux, on reconnaît Le Vigan, Fernand Ledoux, Louis Jourdan, et j’en ai peut-être loupés d’autres) que ça va, le spectacle est globalement plus que présentable ; on ne parle pas d’un truc honteux non plus ; mais difficile de ne pas avoir l’impression à l’issue d’avoir maté le brouillon de la fresque qu’il aurait dû être, et de regretter la demi-heure manquante (et encore, ce n’est pas grand-chose, dit comme ça).


Bref, un film plus frustrant qu’autre chose en l’état, mais je mentirais en disant que j’ai passé un mauvais moment devant. Pour les raisons évoquées plus haut, et puisqu’après tout, ça célèbre quand même de belles valeurs, genre le travail, la famille ou encore la patrie ; et ça c’est beau je trouve.

ServalReturns
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le 26 mars 2024

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