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le 17 déc. 2012
Selon moi Uzak est un film particulierement déprimant et pessimiste. La distance et le conflit entre les deux personnages principaux s'agrandit à mesure qu'ils représentent deux solitudes différentes.
Mahmut a déjà vécu et est assez nihiliste. Tout ce qui passe à la télé est de la merde, les clopes de Yusuf aussi, il voit le monde tel qu'il est et finit par se dire que rien n'a vraiment d'importance. C'est selon moi l'allégorie de la lâcheté : il abandonne l'idée d'arrêter de fumer, il laisse partir son ex femme au Canada sans lui dire ce qu'il voulait lui dire, il n'assume pas de regarder du porno, il abandonne ses idées de photos.
Yusuf, plus jeune et venant d'arriver à Istanbul, vit dans le fantasme. La raison pour laquelle il arrive en ville est pour trouver un job sur un bateau. Il se dit qu'il pourra se créer une bonne situation pour aider sa famille et que ça lui permettra de voyager. La réalité est toute autre et on l'en avertit depuis le début : ce n'est pas une solution pour se faire de l'argent. Mais il refuse de l'accepter et continue à parler des choses telles qu'il aimerait qu'elles soient. Comme tout contemplateur qu'il est, il erre dans la ville et regarde les femmes, les paysages, les bateaux quitter le port sans lui. Il regarde et devient spectateur de sa propre vie, comme nous.
La television est ainsi le témoin de leur rapport à la realité : l'un la fuit et l'autre la fantasme. Yusuf est encore intéressé par le petit écran : quand Mahmut zappe les chaînes il reste derrière à regarder. Lorsque Yusuf la regarde seul c'est un défilé de mode à l'antenne, littéralement l'image idéalisée de la femme.
La manière d'habiter le monde s'exprime aussi dans le désir : Yusuf est intrigué par ce qu'il ne connait pas mais ne sait pas comment s'y prendre. Alors il reste silencieux avec la fille dans le lobby, qu'il suit plus tard jusqu'à la voir retrouver un autre homme. Le silence comme une infinité de possibilités qui ne verront jamais le jour.
Chez Mahmut, le désir est l'image d'une temporalité stagnante renforcée par la neige et la récession. Image encore renforcée par son divorce et l'avortement de son ex femme. Érodé, il se fait habitude, lassitude, si bien qu'il est dérangé par l'intrusion de Yusuf dans sa vie bien rangée.
L'influence de Tartovski est assez claire, au point qu'il est cité par l'un des personnages (et apparemment il y a Stalker à la TV à un moment, j'ai pas remarqué mince). Même s'il y a les mêmes longs plans et la volonté d'introspection, c'est aussi plus terre à terre. Chez Tartovski le réel est sublimé par la caméra, fragmenté et réinventé. Dans Urak, il est montré sans artifices : l'art ne sert plus à transcender mais à voir.
Voir les très jolis paysages dans les montagnes turques. Voir le quotidien en longueur, dans l'inconfort et l'ennui, et les êtres toujours à distance dans leur solitude moderne.
Créée
le 28 mars 2026
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