C’est l’histoire d’un domino qui s’arrête à la troisième génération. D’un Père qui, seul obstacle maladroit et tardif, lutte contre l’élan d’évitement qui les gangrène, lui et sa Fille.
Loin d’un mysticisme autour de la mémoire transgénérationnelle, voici des faits. C’est limpide. La grand-mère a fui par le suicide. Le père a fui sa famille et ses enfants. La fille fuit au présent ; l’intimité et elle-même, dans un fantasme de mort permanent. Cette reproduction tragique est autorisée par l’ambigüité naturelle de la fuite : fuir, c’est aussi se sauver.
Mais je m’avance trop. Car à contre-courant des faits énoncés, on rencontre d’abord les personnages au présent avant de remonter vers cette graine de la fuite, cet instinct de mort originel de la grand-mère, et ce à travers le personnage principal du film, la maison. L’incipit nous invite à imaginer la personnalité de ce protagoniste silencieux et mobilier, à y replacer les vécus et les souffrances des personnages, pour mieux en comprendre l’implacable culpabilité. C’est d’ailleurs la maison qui subira la transformation la plus profonde, à travers une rénovation morbidement moderne. Sa reproduction et mise à distance en plateau de tournage permet enfin au Père et à la Fille de se rencontrer.
Et j’aurais encore mille choses à dire.
La figure rebutante du Père, si réussie, une habileté d’écriture qui ne fonctionne que grâce à la mise en empathie avec la Fille : tout comme elle, on rejette celui qui est similaire.
Le rôle précieux de cette sœur cadette solide et chaleureuse, liant nécessaire entre des volontés éparses de réparation de la transmission.
Surtout, ce cadeau offert à la Fille : pouvoir enfin se suicider métaphoriquement, dans une séquence d’une beauté formelle bouleversante.