Je ne suis pas un grand fanatique du travail de Joachim Trier : ses films me plaisent toujours sans pour autant m'emporter. Il y a systématiquement quelque chose qui me retient d'y adhérer totalement. Valeur Sentimentale est le premier de ses films qui change la donne pour moi, et qui m'a procuré plus de deux heures de grand plaisir cinéphilique... sans que j'ai pour autant envie de crier au chef d'œuvre (... mais a-t-on vraiment besoin d'autant de chefs d'œuvre supplémentaires dans l'histoire du Cinéma ?). Le film a reçu le Grand Prix à Cannes, y a été applaudi, et semble bien reçu par à peu près tout le monde. Sa "filiation bergmanienne" est une évidence qui concourt certainement - et largement - à cette bonne réception par le petit monde des cinéphiles, Bergman nous manquant énormément... Même si Trier, sur la thématique des déchirement familiaux, entre mère suicidaire dont la noirceur s'est transmise à l'une de ses filles et père froid et indifférent, uniquement dédié à son succès en tant que réalisateur, manque définitivement de cette cruauté- et de cette profondeur- que le vieux maître suédois savait injecter dans ses films.

Si Valeur Sentimentale nous enchante, c'est plutôt parce que tout y est "impeccable", avec un niveau d'interprétation général littéralement merveilleux (même si c'est le toujours excellent Stellan Skarsgård qui nous a le plus impressionné, peut être parce qu'il est le plus bergmanien du lot, justement), une construction scénaristique virtuose - de très beaux et déroutants sauts du coq à l'âne, bouleversant notre confort -, et de jolies idées de mise en scène, principalement autour de la maison comme décor de cinéma et cadre organique de la vie d'une famille, dont les conflits et les douleurs lui pèsent et la fissurent.

Bref, deux heures et quart de grand et beau cinéma. Un cinéma qui ne séduira peut-être pas les plus jeunes générations : dans la salle où j'étais, les plus jeunes se plaignaient à la sortie de s'être un peu ennuyés et d'avoir trouvé de nombreuses scènes "redondantes". Ce qui, au vu de l'âge moyen élevé des spectateurs dans la salle, pose la question de l'avenir d'une telle forme cinématographique, adulée dans les festivals, mais ne répondant plus désormais aux attentes de tension et d'excitation des nouvelles générations.

[Critique écrite en 2025]

Eric-Jubilado
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le 28 août 2025

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