28 août 2025, il est 22h30 lorsque je quitte la salle de projection.
Je finis par me retrouver seul, assis sur cette petite marche située en face de la façade du cinéma dont les lumières viennent de s’éteindre. Je suis là, et en même temps encore un peu là-bas, dans cette maison nordique où se sont joués tant de choses, tant de drames, de joies et de moments de vie.
Ce lieu, condamné au silence, n’a pourtant jamais cessé d’exister en étant l’épicentre de tout ce qui s’est joué et continue de se jouer dans la vie de Gustav, de ses parents, de ses enfants, de sa femme. Tout comme de grands cinéastes ont su personnifier des villes (Manhattan de Woody Allen, entre autres), Joachim Trier a donné une âme à cette maison : un espace où une histoire commence et se termine toujours d’une manière ou d’une autre.
Un homme âgé, grand metteur en scène d’une époque qui touche à sa fin. L’âge qui se fait de plus en plus sentir, les souvenirs traumatiques d’un enfant qui n’oubliera jamais. La nécessité, au fil d’une vie, d’exprimer les affects, le trauma. L’art comme échappatoire, le cinéma comme objet de libération.
Dans une certaine mesure, le film évoque la blessure fondatrice de l’artiste, ce génie créatif qui naît souvent d’un choc intime et qui, loin de paralyser, devient moteur de l’œuvre. L’art apparaît alors comme une réponse à la douleur, une tentative de transformation du malheur en beauté, une manière d’exprimer sur scène ou à l’écran ce que l’on ne parvient pas à dire dans la vraie vie.
Ici, c'est l’histoire d’un traumatisme qui ne parvient jamais vraiment à se diluer avec le temps, qui cherche à s’exprimer sans y parvenir pleinement, et qui vient percuter les générations suivantes — les enfants, les petits-enfants.
Le film de Joachim Trier, à travers son récit, sa mise en scène et ses magnifiques acteurs parvient à nous toucher avec une simplicité et une justesse rares.