Valeur sentimentale parle de transmission, de blessures héritées et de ce qui peut, ou ne peut pas être réparé.
Dès le plan d'ouverture, Joachim Trier pose son geste : un panoramique sur la ville qui glisse lentement vers le cimetière, puis une maison, un jardin, et cette fissure massive qui traverse la façade. La maison devient un personnage à part entière, porteuse des absences, du père qui s'en va, de la mère qui meurt, et de tout ce qui n'a jamais été vraiment réparé.
À partir de là, le film m'a frappé par sa manière de filmer les relations familiales sans jamais chercher l'effet. Il y a quelque chose de profondément inconfortable dans la manière dont les personnages se parlent, se frôlent, s'évitent. Rien n'est jamais totalement dit, et c'est précisément dans ces zones de flou que le film trouve sa force.
Le trio familial est particulièrement fabuleux : Stellan Skarsgård joue avec précision un père maladroit, toujours sur le fil entre la séduction et la fragilité. Face à lui, Renate Reinsve impose une retenue bouleversante, laissant pointe la tristesse, la colère ou l'amour par petites touches, dans des regards, des sourires ou des silences. Inga Ibsdotter Lilleaas, m'a particulièrement marqué par sa douceur et sa fragilité. Sa sensibilité à fleur de peau comble l'écran d'émotions et me rappelle par moment Liv Ullmann.
Formellement, le film avance avec une grande sobriété, et laisse le temps aux émotions de s'installer. Le récit se referme sur un écho à son ouverture, avec le retour de la musique et une maison transformée: rien n'est effacé, mais quelque chose a changé. Et c'est peut-être là que le film touche juste : dans cette idée que réparer ne signifie pas oublier, mais apprendre à vivre avec les fissures.
Valeur sentimentale est profondément humain: un cinéma de la nuance, qui fait confiance aux silences autant qu'aux mots, et qui reste longtemps en tête.