Texte originellement publié sur Filmosphere le 28/06/2015.
http://www.filmosphere.com/movies/valley-of-love-guillaume-nicloux-2015


Fondu vers l’image. Un plan étouffant d’Isabelle Huppert, de dos, en train de trainer sa valise au milieu de bungalows résidentiels américains, ouvre Valley of Love. Au son, immédiatement, « La question sans réponse » de Charles Ives que l’on aura préalablement entendu dans cette bande-annonce qui nous avait à tous donné très envie. La remarque n’est pas anodine, par là il faut comprendre que le dernier métrage de Guillaume Nicloux est un film simplement programmatique, et que de la sorte, il cultive son caractère profondément beau, jamais trahi par de quelconques artifices.


Pour être véritablement honnête, on ne soupçonnait peut-être pas Guillaume Nicloux, surtout connu pour ses thrillers peu inspirés, capable d’exploiter le potentiel offert par son sujet. Mais si. Et pourtant, nombreuses étaient les embuches. Lorsque l’on écrit un scénario taillé sur mesure ou pas loin pour deux comédiens, on a vite fait de ne rien avoir à raconter dessus en capitalisant un peu platement sur leur rencontre. Mais Depardieu et Huppert ont déjà collaboré ensemble avec Maurice Pialat (Valley of Love est d’ailleurs produit par Sylvie Pialat), Nicloux le sait et parvient à s’en foutre. Car autant il écrit ces rôles sur mesure pour ses comédiens, autant il ne se laisser pas avaler par ces ogres sacrés du cinéma français, il n’en fait ni un commentaire de leur carrière ni un commentaire de leur vie privée. Pourtant l’écho est là, bien entendu, les personnages s’appellent Isabelle et Gérard, sont tous les deux acteurs, et on sera bien obligé de mettre en parallèle la disparition du fils fictif avec celle de Guillaume Depardieu. Mais parce qu’il y a un peu de magie là-dedans, surtout parce qu’il y a beaucoup d’intelligence en réalité, Nicloux regarde cela avec pudeur. Un maître-mot de son film.


Alors il y a ces deux personnes qui errent sous le Soleil plombant de la Vallée de la Mort. Guillaume Nicloux disait que certaines journées pointaient doucement à 60°. Et on le ressent. La rengaine « oh putain, la chaleur » lancée à quelques reprises par Depardieu paraît comme une évidence pour le spectateur transpirant sur son fauteuil. D’autant plus que Nicloux sait filmer son acteur, en l’insérant comme une sorte de monument encombrant et mobile au milieu de ces vastes paysages, que Gérard parvient parfois à boucher. Et pourtant, il n’est pas monstrueux. Il est beau, et plus que jamais, c’est le Gérard que l’on aime. C’est un si beau personnage que ce serait presque le rôle idéal pour clôturer une carrière. Et ça n’est pas rien quand on a celle de Gérard Depardieu.


Guillaume Nicloux s’interroge sur des thèmes qui respirent le vrai, mais a l’intelligence (ou la pudeur, à nouveau), de laisser bien des réponses en suspens, au détriment d’un public qui lui aura parfois étonnement reproché. Pourtant, tout est là dans Valley of Love. La mort y côtoie la vie, le laid y côtoie le beau, et la chaleur de l’environnement, le froid de certains échanges. C’est un portrait de drame qui arrive à mettre sur le même pied d’égalité des moments extrêmement puissants (la lecture de la lettre) avec des moments plus anodins qui pourtant ont la même importance dans l’esprit du film (la rencontre avec le couple américain). On retiendra peut-être, hormis le final, un moment en particulier qui le reste, ce passage nocturne remarquablement filmé en plan-séquence par Nicloux. Car tout est là : l’atmosphère, la tension, un grand moment de Depardieu, un vrai esprit de réalisation… Et jamais cette intention de plan-séquence ne se résume à un quelconque désir maniériste qui trahirait la simplicité du film. Tout se fait en accord dans Valley of Love.


Alors où nous emmène le film ? Nous ne sommes pas sûr. Nicloux non plus n’est pas forcément sûr, mais sans doute est-ce volontaire. Et c’est le plus beau. Cette escalade vers un final remarquable, offrant aux deux comédiens parmi les plus beaux passages de leur carrière. Sans vouloir à tout prix tomber dans la citation pompeuse, Werner Herzog parle du cinéma comme un outil de l’extase. Il y a un peu de cela au sortir de Valley of Love, dont on ressort quasiment illuminé, avec encore une fois, cette envoutante et puissante musique de Charles Ives. De nouveau, son titre a tout dit. C’est un film qui fait du bien. Peut-être a-t-il fait du bien, d’ailleurs, à Depardieu lui-même, qui il y a quelques temps, confessait que les deux personnes qui lui manquaient le plus, c’était son fils et Maurice Pialat. De quoi se réconcilier avec la vie.

Créée

le 29 sept. 2016

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Lt Schaffer

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