Le cinéma offre parfois des instants réjouissants. Derrière la triviale futilité d'un tel propos demeure l'envie de défendre une oeuvre dont la richesse théorique autant qu'émotionnelle n'est pas prête d'être tarie. Waltz with Bashir d'Ari Folman, on l'a suffisamment dit avec plus ou moins de pertinence, se situe au carrefour de la fiction et du documentaire.
De grandement réjouissant, il y a cette faculté réflexive que le cinéma a de témoigner si rapidement -vingt ans, une période courte sur l'échelle humaine- d'un massacre. Dans ce type de démarche, l'oeuvre de Folman n'est pas seule. Elle se doit néanmoins d'exister pour faire perdurer la mission citoyenne qu'occupe le cinéma. De plus réjouissant encore, il y a cette fabuleuse immersion de l'auteur dans ses pensées, dans sa mémoire au travers des témoignages d'autrui.
Recouvrer les images que notre inconscient a enfoui est une pratique typiquement resnaisienne. Folman adopte ce processus et l'inscrit dans la plastique d'un film d'animation. L'animation n'est pas là un moyen pratique de divertir le public d'enfant par une schématisation simplificatrice du monde. Les traits avec lesquelles sont dessinés les personnages refusent cette schématisation et tendent à rejoindre au mieux une vision réaliste en tâchant, autant que faire se peut, de respecter les codes des dimensions et de la perspective. L'animation de Folman est un outil, un usage mis en pratique pour tracer les lignes dans les rhizomes de la mémoire.
En faisant appel au dessin, plus que de permettre à certains témoins de voiler leur identité, cela offre au cinéaste un champ vaste pour dévoiler le monde ainsi qu'il le perçoit. D'autant plus que le film, à plus d'une occasion, se situe sur le terrain de la mémoire, de l'intangible, en dehors de tout concret. Là réside la profonde réussite de l'oeuvre : concilier sans féerie, ni même fantasmatique, les champs a priori antagonistes de l'hallucination et de la plus rude réalité.