Vampire Hunter D: Bloodlust
7.5
Vampire Hunter D: Bloodlust

Long-métrage d'animation de Yoshiaki Kawajiri (2000)

Vampire Hunter D: Bloodlust, 2000, réalisé par Yoshiaki Kawajiri et produit par le studio Madhouse, est l’adaptation du roman Demon Deathchase issu de la saga littéraire de Hideyuki Kikuchi.


L’histoire se déroule dans un futur extrêmement lointain où la Noblesse vampirique a autrefois dominé le monde, laissant derrière elle une civilisation technologiquement avancée mais aujourd’hui en ruine. Les humains survivent tant bien que mal, et certains deviennent chasseurs de vampires. D, dunpeal — né d’une mère humaine et d’un père vampire — est engagé par la famille Elbourne pour retrouver Charlotte Elbourne, supposément kidnappée par le vampire noble Meier Link. En parallèle, le frère de Charlotte, Alan Elbourne, engage également une équipe rivale : les Marcus Brothers, composés de Borgoff, Nolt, Kyle, Grove… et surtout Leila, la chasseuse qui occupe la place de deutéragoniste dans le récit.


Je préfère clarifier un point important : Charlotte n’est pas une victime passive. Très vite, le film montre qu’elle a choisi de suivre Meier. Ce détail est essentiel, car il déplace complètement l’enjeu narratif : on ne parle plus d’un sauvetage classique, mais d’une relation interdite.


Le thème central du film, selon moi, est l’amour. Non pas l’amour idéalisé, mais la possibilité même de l’amour dans un monde qui semble structurellement le rendre impossible.


La relation entre Meier et Charlotte en est l’illustration la plus évidente. Un vampire, et une humaine. Peu de dialogues explicatifs, mais des actes. Charlotte refusant de repartir avec D. Meier s’exposant au soleil — mortel pour les vampires — pour tenter de la rejoindre. L’amour n’est pas commenté, il est montré. Et c’est précisément ce que j’apprécie dans l’écriture du film : beaucoup de démonstratif, très peu d’explicatif.


Mais le film pose une seconde question : cet amour peut-il exister sur Terre ? La réponse semble être non. Dans cet univers en ruine, où tout paraît condamné à la survie plus qu’à la vie, leur seule option est la fuite vers les étoiles, via une fusée destinée à rejoindre un ailleurs mystérieux (souvent interprété comme la « Night City », refuge lointain des vampires). Leur trajectoire prend alors une dimension presque shakespearienne : si le monde refuse l’union, il faut le quitter.


La tragédie finale — Charlotte tuée par Carmilla (Countess Carmilla Elizabeth Bathory), antagoniste manipulatrice — renforce ce caractère mélancolique. D épargne Meier, convaincu de la sincérité de son amour, et celui-ci quitte la Terre en emportant le corps de Charlotte vers les étoiles. C’est à la fois tragique et étrangement apaisé.


D est un personnage fascinant. Taciturne, mystérieux, charismatique. On sait peu de choses sur lui, ce qui le rend à la fois intrigant et frustrant. Il semble d’abord n’agir que pour l’argent. Pourtant, au fil du récit, on comprend que cette mission dépasse le cadre contractuel. Il promet à Leila de déposer des fleurs sur sa tombe lorsqu’elle mourra. Promesse qu’il tiendra, un siècle plus tard.


Il est ambigu — mais pas moralement douteux. Il est fondamentalement bon, bien que résigné. La phrase où il affirme qu’en tant que dunpeal, il ne peut pas avoir de vie résume son dilemme : il est la preuve vivante qu’une union entre vampire et humaine est possible, mais il se pense lui-même exclu de toute possibilité d’amour. Il doute qu’un vampire puisse aimer sincèrement une humaine, alors qu’il est lui-même né d’une telle union. Ce paradoxe est central.


Leila est également un personnage clé. Membre des Marcus Brothers, elle chasse les vampires par haine, ses parents ayant été tués par eux. Elle ne croit plus en l’amour — au point de ne pas voir que Nolt l’aime sincèrement. Pourtant, au fil du film, quelque chose change. La scène de la fusée est révélatrice : elle veut croire à la réussite du départ, elle encourage l’envol comme si elle défendait la possibilité même de l’amour dans ce monde brutal. Le timeskip final la montre entourée d’enfants et petits-enfants. Elle a quitté cette vie. Elle a trouvé l’amour. Le monde est dur, mais pas totalement stérile.


Esthétiquement, en tenant compte de l’époque (2000), je trouve le film très beau. Les contrastes de couleurs, les décors, les palettes choisies s’harmonisent avec cohérence. Le mélange entre technologie futuriste, architecture d’inspiration gothique/néo-victorienne et imagerie de western américain fonctionne étonnamment bien. Cela crée un univers fascinant, dense, qui donne envie d’en savoir davantage. Mais cette fascination s’accompagne d’un sentiment de monde mort : tout est en ruine, tout semble usé, comme si l’humanité ne faisait que survivre. Cette désolation renforce directement le thème de l’amour impossible.


Les combats sont plutôt intéressants visuellement, mais restent secondaires. Ils sont parfois expéditifs, et ce n’est de toute façon pas le cœur du film.


Certaines scènes me marquent particulièrement :

  • L’introduction, où Meier apparaît dans une ambiance mystique et inquiétante, installe immédiatement le ton.
  • La scène où D progresse vers une barrière en utilisant des pierres pour tromper le système de défense illustre son expérience sans qu’on ait besoin de l’énoncer.
  • La discussion sous la pluie entre D et Leila, à la fois touchante et mélancolique, où il admet son impossibilité supposée d’avoir une autre vie.
  • Meier avançant sous le soleil pour sauver Charlotte.
  • L’envol de la fusée, moment doux-amer où l’espoir subsiste malgré la mort.
  • Enfin, la scène du cimetière, cent ans plus tard : D tient sa promesse. Cette jeune femme qui pensait mourir seule est finalement entourée d’une grande famille. L’amour, malgré tout, a persisté.

Au final, malgré ma méconnaissance de l’univers étendu des romans, l’expérience fut très agréable. Le thème n’est pas fondamentalement original, mais il est traité avec retenue et intelligence : peu d’explications, beaucoup de démonstration.

Vampire Hunter D: Bloodlust est un film mélancolique, parfois tragique, mais profondément habité par une question simple : l’amour peut-il survivre dans un monde en ruine ? La réponse n’est ni totalement optimiste ni totalement désespérée. Elle est douce-amère — comme cette fusée qui s’élève vers les étoiles, laissant derrière elle un monde brutal, mais pas entièrement privé d’espoir.

FBAOU
5
Écrit par

Créée

le 1 mars 2026

Critique lue 31 fois

FBAOU

Écrit par

Critique lue 31 fois

1

D'autres avis sur Vampire Hunter D: Bloodlust

Vampire Hunter D: Bloodlust

Vampire Hunter D: Bloodlust

8

real_folk_blues

300 critiques

Royales canines

Je ne sais pas pourquoi, peut être bien était ce du à un élan frénétique de notation dans le but —j’ai honte— d’obtenir le badge “Mitraillette“, mais j’avais dans un premier temps noté ce Kawajiri...

le 7 juin 2013

Vampire Hunter D: Bloodlust

Vampire Hunter D: Bloodlust

9

ngc111

847 critiques

Critique de Vampire Hunter D: Bloodlust par ngc111

Le film se constitue,dans sa majeure partie, d'une fuite en avant où un couple insolite, composé d'une jeune fille humaine (Charlotte) et d'un seigneur vampire (Mayer), tente de rejoindre un château...

le 6 août 2011

Vampire Hunter D: Bloodlust

Vampire Hunter D: Bloodlust

9

VonConkerstein

36 critiques

Bon sang ne saurait décevoir

Dans le monde, l'animation japonaise n'est connue par la majorité des personnes que par le nom de Myiazaki, et c'est fort dommage, car des Films tel que ce bijou dont vous êtes en train de lire une...

le 19 déc. 2016

Du même critique

Garanti 100% Kréol

Garanti 100% Kréol

5

FBAOU

9 critiques

Garanti 100% Kréol

Garanti 100% Kréol, film documentaire réunionnais réalisé par Laurent Pantaléon, aborde une notion aussi familière pour beaucoup de Réunionnais qu’elle est difficile à faire entrer dans un équivalent...

le 13 avr. 2026

Vampire Hunter D : Chasseur de vampires

Vampire Hunter D : Chasseur de vampires

5

FBAOU

9 critiques

Vampire Hunter D : Chasseur de vampires

J’ai abordé Vampire Hunter D : Chasseur de vampires avec un léger décalage, ayant déjà vu Bloodlust auparavant — ce qui, rétrospectivement, n’était sans doute pas l’ordre idéal. Cela dit, ce premier...

le 6 avr. 2026

L'Esquive

L'Esquive

5

FBAOU

9 critiques

L'Esquive

L’Esquive, réalisé par Abdellatif Kechiche en 2003, se déroule dans une cité de banlieue parisienne et suit un groupe d’adolescents de collège engagés dans la préparation d’une pièce de théâtre...

le 2 févr. 2026